Artisanat et antiquités d'Asie
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Fabrication des bijoux afghans

L’Orient est une contrée dans laquelle le pouvoir et la soif de conquêtes prennent le pas sur tous les domaines. Art et tradition sont toujours intimement liés dans l’influence des civilisations, la fabrication de bijoux compte parmi les domaines où on remarque ce formidable enchevêtrement de styles, de formes et de symboles.

Le bijou a été réservé à des usages codifiés depuis l’Antiquité, l’apparition du métal (découverte de l’or) à cette époque a conduit à voir grandir un grand nombre de bijoutiers et des grandes inventions pour travailler davantage la qualité et l’affinement du métal (techniques d’orfèvrerie : filigrane, granulation et emboutissage). Toutes ces inventions ont permis de concevoir des parures de très grande qualité avec plusieurs familles de bijoux plus complexes. Ces nouveaux joailliers artisans vont alors migrer vers des comptoirs commerciaux pour apporter leur savoir-faire et l’art du bijou en Afghanistan où les techniques vont sans cesse se perfectionner. Dès l'âge du bronze au IIe millénaire av. J-C. les hommes appliquaient sur du bronze des illustrations ou des symboles d'or et d'argent : par exemple pour les armes comme les épées en bronze damasquinées avec des scènes diverses en or et argent (Grèce, Moyen-Orient).

Qu’est-ce qu’un bijou afghan d’époque ? Comment est-il fabriqué? Quelles sont les étapes décisives de son élaboration ? Autant de questions qui demandent des réponses à rechercher dans la tradition millénaire du bijou au Proche Orient ancien…

Plusieurs techniques séculaires ont permis aux hommes de réaliser des chefs d’œuvres au fil des millénaires qui ont hélas disparu. L’ingéniosité des hommes dans la fabrication de bijou ne date pas d’hier, les populations du Moyen Orient par exemple connaissent depuis des temps immémoriaux les techniques de travail du métal (âge de bronze).


bijou afghan



Des influences multiples dans l’art du peuple afghan : le Proche Orient Ancien

Le Proche-Orient ancien désigne une aire géographique composée par l’Iran (dont l’Afghanistan, Irak, Pakistan, Arménie, Azerbaïdjan), la Mésopotamie (Irak), Levant (Syrie, Jordanie, Liban, Egypte, Israël) et l'Anatolie. C’est au début du Néolithique vers -12 000 av. J.-C que se constitue le Proche Orient ancien et qui va disparaître avec l’ère hellénistique Gréco-bouddhiste à la fin du IVe siècle av. J.-C. (correspondant au passé de ce pays Afghanistan pré-islamique)…

L’Afghanistan a été depuis des siècles la convoitise des Moghols, des Perses, des Grecs et des Turcs, mais aussi des grands empereurs (Ashoka) dans leur volonté d’expansion vers l’Ouest des courants du Bouddhisme ou d'une Islamisation.
Au pied des montagnes vivent alors ce peuple nomade de guerriers, aussi reconnu comme de grands artisans et artistes dans l'art de façonner des bijoux uniques et richement décorés. Une collection de bijoux fidèle à la tradition de l'Afghanistan compte des couronnes, bagues, bracelets, colliers, broches, Arbre de vie, médailles, boucles d'oreilles, sautoirs, pendentifs, amulettes, agrafes : tous fabriqués dans de l'or ou de l'argent massif, du bronze. À ces matériaux nobles s'ajoutent les pierres fines comme le lapis-lazuli, turquoise, la cornaline, le rubis, l'émeraude ou encore le jade.


Outre les principaux constituants hérités des civilisations du passé, un bijou afghan est reconnaissable par les thèmes qu'il aborde. Dans ce répertoire, on citera notamment la généalogie des conquérants mongols, des animaux (dauphins, oiseaux, poissons, veaux), des paysages de montagnes où trônent les divinités, des tableaux de chasse, des légendes recueillies d'histoires anciennes (Cendrillon ou Hanol), des mythiques héros de guerre et des divinités hellénistes (gréco-bouddhisme). Les bijoutiers étaient réputés pour produire des pendentifs en or creux issus des techniques d’orfèvrerie texturée remplis de parfum.

Le pectoral en or de l’Egypte antique est un fabuleux collier sur 3 à 4 rangées suspendu par une chaîne et descendant jusqu'à la poitrine. Il existe des modèles de ce bijou en argent et serti de pierres (lapis lazuli). Ce grand collier pectoral à pendeloques s’est transmis dans l’art des bijoux de l’Afghanistan et pèse quelques centaines de grammes...

La fabrication des bijoux traditionnels afghans

C’est une œuvre d’art qui mêle formes, couleurs, motifs et décorations avec le cachet naturel et noble des matières. La forme la plus expressive du mariage du travail de l’homme et de la beauté naturelle des métaux et des pierres se voit à travers le bijou ancien, il est l’un des reflets de la pensée humaine de la grandeur, le symbole de la quintessence et du pouvoir... La préservation de cette beauté étincelante est devenue un enjeu majeur dans la réalisation du bijou traditionnel afghan, car le bijou témoigne du statut social depuis hier à aujourd’hui, une certaine idée de pouvoir par le décodage des détails, des décorations, des gravures et inscriptions ou des couleurs et des formes. Ainsi, le bijou afghan s’est enrichi d’une grande complexité de techniques pour laisser transparaître une vision subjective de cette beauté.

Le bijou afghan en argent ou en or est un art ancestral, signe de l’ancrage séculaire de l’orfèvrerie ; les artisans sont reconnus pour leur savoir-faire et la qualité de leur travail esthétique dans la fabrication du bijou.

Le bijou ancien s’identifie à des parures en or, bronze ou argent, empierrées avec une couronne, diadème, des boucles d'oreille, un collier, un peigne en or, une paire de bracelets… L’or fascine l’humanité par son mystique attrait depuis l’antiquité, l’homme fabriquera dès l'âge de bronze des bijoux simples à partir de ce métal précieux scintillant, puis les civilisations successives ayant découvert l’argent et l’or vont alors trouver des techniques pour produire des objets rares inestimables avec une inimitable beauté de l’artisanat manuel…


bijou afghan


Parmi les procédés de fabrication les plus anciens de bijoux hérités de l’Egypte antique on trouve la gravure sur cire. Cette technique de gravure fait appel à un moulage de plâtre d’après un dessin, ensuite l’artisan sculpte le bloc de cire au fur et à mesure jusqu'à l'achèvement d'un bijou. Voici quelques étapes clés de la fabrication des bijoux anciens avec la technique de la sculpture de bijoux sur cire :

  • un moule recevant le modèle est fabriqué avec une sculpture sur de la cire dure est d’abord coulée, réparée et ciselée;
  • le moule est ensuite chauffé à 168° C (l'épaisseur du modèle permet de savoir quel sera le temps);
  • l’empreinte du modèle est alors bien dessinée dans le moule duquel on extrait le modèle. L’artisan découpe ce moule ;
  • il procède alors à l’injection de la cire de coulée à 68 °C avec la mise en place des cires sur l’objet de coulée ;
  • pesée du métal de la structure finale (or, argent, bronze) et préparation à la cuisson au four traditionnel pendant 17h avec des paliers de températures allant jusqu’à 732°C (la structure est placée dans un cylindre perforé recouvert sous-vide, puis on procède à un mélange de plâtre réfractaire et de bijoux). Sortie des cylindres à 482° ;
  • la cire fondue laisse place au métal aspiré par les trous du cylindre grâce à un mécanisme de pompe à vide : la coulée du métal s’effectue à 1000°C;
    temps de refroidissement au cours duquel le métal noirci en surface par oxydation, le cylindre de coulée est plongée dans l'eau froide pendant 15 à 20 minutes ;
  • le nettoyage et le décrochage se font successivement sous de l’eau et dans l'acide ;
  • enfin, la dernière étape est le polissage de la structure (brasure, limage et passage aux cabrons).


La technique de la fonte à la cire perdue est très ancienne, elle consiste à utiliser un moule en une seule pièce et à le briser après la coulée du métal (moule à usage unique) : c’est avec cette technique que sont réalisées les cloches du bouddhisme.

Le moulage de pièces relativement plates avec la fonte au sable fut introduite en Iran à partir du XIe siècle (pour des miroirs), cette technique se divise en quelques étapes :
impression dans du sable à l'intérieur de récipients métalliques les 2 côtés de la pièce souhaitée
faire couler le métal chaud dans le moule de manière à ne pas le briser permettant la fonte de plusieurs pièces identiques.

Autre technique de mise en forme du bijou, d’abord la réalisation du modèle en cire de l'objet, le moule est recouvert d'argile. L'âme en cire est ôtée du moule lorsqu’elle a séché et découpée. Le moulage a ensuite lieu en plusieurs parties, enfin l'objet est assemblé par soudure à l'étain. Cette autre technique permet également de ne pas détruire le moule.

La technique du martelage est un travail à froid de la feuille de métal avec différents marteaux sur plusieurs enclumes pour prendre la forme souhaitée.Cependant comme e procédé à froid rend très friable et cassante la feuille de métal, l’artisan afghan chauffe le métal à sa température de rupture maximale à intervalles réguliers. Ces pièces de bijoux obtenues par martelage présentent de fort reliefs avec des lignes ou des motifs extrêmement complexes.

Autre technique de travail du métal utilisée à partir du XIIIe siècle, le repoussage sur tour : une âme de bois reprend la forme générale du bijou, qui est ensuite fixé sur un axe. Lorsque le tour est actionné, un disque de métal est repoussé contre la forme désirée au moyen d'un outil en acier relié à un grand manche (la technique du tour permet également de polir les surfaces).. Méthode simple, mais nécessitant une très grande force physique, une large sangle permet de maintenir le corps de l’ouvrier contre le tour !

Dans la fabrication de bijoux anciens, des plaques très fines et des fils élaborés à partir de la grenaille vierge en argent permettent de former les symboles géométriques ou les dessins décoratifs, les cloisons sont émaillées avec des couleurs vives (bleu ciel, jaune or et vert). Chaque bijou a une signification sociale et culturelle dans leur raffinement et leur richesse.


bijou afghan

Deux techniques de finition du bijou artisanal afghan

L’artisan orfèvre afghan choisit entre les deux principales techniques de finition :

Bijou or et argent niellé ou impression en taille-douce (technique consistant à fabriquer une matière de remplissage ou nielle composé de cuivre, argent et plomb). Une fois cet alliage fondu, il est déversé le long des traits du métal gravé au burin. Pour les outils lors du gravage au burin sur zinc ou sur acier, les artisans utilisaient une loupe, ébarboir, brunissoir et différents burins. Le gravage au burin sur cuivre, zinc ou sur acier (propriétés fermeté, dureté, résistance, souplesse, précision et bonne réaction à l'encrage)


Bijou afghan argent et or ou bronze damasquiné est une autre technique de finition qui consiste à créer différents motifs décoratifs et ornementaux sur une surface métallique (argent, bronze, or). Il faut pour cela que l’artisan puisse enchâsser un fil de cuivre, d'or ou d'argent par petits coups de martèlement du centre vers les bords rendus vifs à travers la surface préalablement ciselée. Le bijou est terminé avec une lime douce et polie.

Le pays Afghanistan est riche en histoire et en minerais, avec une abondante réserve d’or, d’argent, de cuivre, niobium et cobalt ainsi que du lithium. Les artisans traditionnels de ce pays ont pu perpétuer la tradition de la fabrication des bijoux tant dans le processus de modelage, de réchauffement du métal, du polissage ou encore de la finition.