Artisanat et antiquités d'Asie
Tel: 01-85-54-01-34 Pièces visibles sur Paris sur rendez-vous.
Panier

Musée Quai Branly Madagascar

Musée Quai Branly Jacques Chirac : coup de projecteur sur l'art et l'histoire de Madagascar

C'était en 1946 qu'avait eu lieu l'exposition « Ethnologie de Madagascar » au musée de l'Homme... 72 années plus tard, le Musée Quai Branly Jacques Chirac Paris présente ce formidable pays trop longtemps omis pour son histoire et son art unique.

Madagascar au musée Paris Quai Branly

La Grande ile (5ème plus grande île au monde) au large du Mozambique et bercée par les courants de l'Océan Indien fascine par son histoire, sa culture métissée et son art, Madagascar est unique, son insularité lui accorde ce caractère si séduisant et exotique. Le pays est l'hôte du grand musée Paris Quai Branly dont la manifestation porte le titre « Madagascar. Arts de la Grande Ile ». Dans les coulisses du musée aux couleurs de la Grande île sur fonds d'Arts et de traditions...

Art de Madagascar

Pendant près de 4 mois, le Musée Quai Branly Jacques Chirac accueille l'exposition Madagascar : Arts de la Grande Ile (mardi 18 septembre 2018 au mardi 1er janvier 2019). Un voyage historique et culturel au travers de trois cent soixante pièces sélectionnées pour leur intérêt historique, esthétique et ethnologique. Une collection singulière qui met en avant tout l'intérêt de l'art et recouvre un millénaire de témoignages, de l'établissement des populations d'Afrique et d'Austronésie, l'arrivée des marchands d'Inde et arabo-musulmans et plus tard l'exploration des premiers Européens.

En Europe comme en France, l'art malagasy reste méconnu du grand public, seuls quels initiés ont pu découvrir et goûter l'art très disparate de l'intérieur et des quatre coins de l'île, influencé depuis ses origines par les émigrations de peuples d'Afrique et d'Asie, des marchands Arabes ou encore des explorateurs d'Europe. 

Madagascar ou une Île aux multiples influences artistiques

Art de Madagascar

Dès le Ve siècle jusqu'au VIIIe siècle, Madagascar accueille des populations venues d'Asie du Sud-est, rejointes par les Bantous d'Afrique de l'Est entre le VIIIe et le Xe siècle qui s'installent au Nord et au Nord-ouest (comptoirs d'échanges, apport du riz, de l'igname, bœufs, chèvres et moutons); des commerçants arabo-musulmans venus du Proche-Orient sillonnent l'Océan Indien, des objets en verre et les céramiques de Chine, les objets sacrés de Perse, d'Afghanistan, Iran, Mauritanie, Syrie, Pakistan circulent alors dans ce grand carrefour. Vers le XVe siècle se constituent des petits royaumes du Nord au Sud de Madagascar longeant le littoral jusqu'au XVIIIe siècle. Les premiers européens débarquent à Madagascar à partir du XVIe siècle, 300 ans plus tard arrive la vague de colonisation (française en 1895). Parallèlement à l'invasion, le grand royaume Merina des hautes terres (Analamanga) réunit tous les royaumes de l'île (sous la coupole du roi Radama Ier et de l'autre roi légendaire Andrianamponimerina et l'aide de la puissance britannique).

L'art malagasy et l'empreinte historique de la Grande île 

De ces présences de tout horizon, la Grande île par le biais de ces marchands, artistes et artisans va s'emparer de la circulation massive d'objets et des différents héritages laissés. Les formes d'art malagasy ou art de Madagascar sont discrets et délicats, ce sont les propos d'Aurélien Gaborit (responsable de collections permanentes Afrique et nommé Commissaire de l'exposition Madagascar au Quai Branly) qui rajoute que cette forme d'art malagasy longtemps inconnu est considéré à tort comme moins délicat que les objets asiatiques et n'ont pas la force de l'art africain. De souligner qu' « il faut apprendre à les apprivoiser, à les regarder pour en découvrir leur singularité et leur subtilité ».

Ce métissage concerne l'espace et le temps, totems poteaux funéraires, masques éthiques de Madagascar, figurines, marionnettes, statues votives, céramiques ou céladons, amulettes ody, sagaies et autres objets ethniques s'inscrivent dans le quotidien et dans les rituels de la Grande île.

Art ancestral de Madagascar : la relation entre sacré esprit des ancêtres et monde des vivants

Art ancestral de Madagascar

La collection de l'exposition sur les créations artistiques de l'île tentent d'expliquer cette formidable culture malgache qui sera l'empreinte laissée par le métissages ou melting-pot des populations du monde. Au cours de ce voyage à Madagascar, on s'aperçoit de facto que le sacré rythme les différentes facettes de la vie locale, les frontières sont infimes entre l'univers du sacré, le monde invisible avec les pouvoirs et les esprits et celui de la réalité, des vivants. Culture et art s'imprègnent depuis une époque très ancienne et encore aujourd'hui de cet aspect sacré. Dans différentes cérémonies (mariage, mort, naissance, rites religieux), on peut noter la présence de plusieurs objets symboliques ou sacrés. En effet, le divin et les croyances sont très souvent matérialisés :

  • Sculpture avec en première ligne les poteaux funéraires en bois massif en haut des tombes (plusieurs mètres de hauteur) qui marque la présence des croyances aux esprits des ancêtres dans le monde des vivants. Ce symbole artistique le plus raffiné de est un objet plein de vie qui représentent des figures humaines aux traits d'un réalisme parfois époustouflant (en témoigne la tête d'affiche de l'exposition), des animaux (le zébu, oiseaux, crocodiles...), des éléments évocateurs de l'existence du défunt en rapport avec leur réussite sociale ou leur parcours. Il est courant de voir des poteaux totems avec des figures féminines, symbole de fertilité, prospérité et de lignage. Aujourd'hui, cette tradition subsiste et conote des sujets chauds de l'actualité locale. Autre sculpture importante de la culture locale, le Bois de lit avec différents motifs en reliefs ronde-bosse (canards à bosse symbole de la virulence masculine sur le plan sexuel).
  • Magie et Charme : les Amulettes malagasy « Ody » sont sensiblement identiques à celles que l'on retrouve dans les cultures primitives du continent asiatique et africain, des objets sacrés et rituels chargés de pouvoirs surnaturels (protection d'un individu ou de sa famille des énergies maléfiques et des ondes négatives, attirer la chance et le succès). L'Amulette est remplie de remèdes Mohara, un mélange des éléments organiques, os, poudre de cornes, sang sacrificiel, poils et graisse de zébu, griffes et plumes d'oiseaux, coquillages, lianes nouées, graines, morceaux de bois, cornaline, ocre, terre rouge, avec des produits industriel (perles de verres, lames, ciseaux, pinces). Les amulettes de l'exposition Quai Branly sont en majorité issues de l'ethnie Sakalava originaire du pays Ambato-Boeni.
  • Armes : lance ou sagaie, ceinture de guerrier du temps de l'alliance britannique à Madagascar (pour les armes à feu dans une adaptation locale, corne pour conserver la poudre noire et une boîte de bambou cylindrique pour ranger les munitions et pour la bourre).
  • Bijoux et esthétiques : bracelets en argent directement inspirés des galons de militaires de la colonisation, perles de métal, ornements d'oreilles au style indien, indonésien ou arabe.
  • Objets quotidiens et pour les Rituels : Mortier en forme de zébu sculpté en bois pour piler les condiments ou le sel avec une bosse amovible cachant une coupe, plats rituels pour recueillir la viande des animaux sacrifiés en l'honneur des ancêtres (4 pieds et des anses) ; récipient (identique à l'antique vase tripode à 3 pieds de Chine) de couleur grise en chloritoschiste pour les cérémonies funéraires.
  • Œuvres papier et photographies (papier Antemoro avec des décorations de fleurs véritables, des manuscrits en caractères sorabe ou caractères arabes adaptés à la langue malgache, portrait d'un guerrier avec sa sagaie ou pointe de lance vers 1898-1910, positif au gélatino-bromure d'argent sous plaque de verre)...
  • Textile vannerie : tapis Mohair, étoffes avec des pierres précieuses et des perles nacre, dents de crocodile (symbolisant l'appartenance au rang royal, notamment le jeune prince Rebiby), paniers en bambou ou autres fibres végétales (feuilles de palmes, nervures et tiges de graminées), les lambamenas (vers à soie) pour envelopper les morts, les étuis, les vêtements traditionnels, les coiffes et les chapeaux (imitation plus naturelle du haut-de-forme porté lors des cérémonies officielles des Occidentaux). 

Le zodiaque Vintana du destin à Madagascar

Le Vintana ou zodiaque découle de l'organisation du cosmos selon la croyance ancestrale de Madagascar, cet aspect agit sur la vie de l'individu dans sa maison, dans sa vie sociale et lors des rites ou Fomba. Le Vintana considère plusieurs points cardinaux, par exemple pour la disposition des objets et de la place des personnes au sein du foyer familial :

  • nord-ouest réservé aux Ancêtres et aux amulettes puissantes
  • nord pour le patriarche
  • lit au nord et nord est
  • sud (est, ouest) réservé aux animaux, au bétail et aux denrées alimentaires, plus généralement au profane. 

Au cours de sa vie, cette organisation des directions ou zodiaque Vintana régit toutes les actions de l'homme ou de la femme, c'est ainsi qu'on doit faire appel à un Ombiasy ou devin-guérisseur pour ne pas commettre d'imprudences. Dans le zodiaque Vintana on parle également de jour faste ou au contraire néfaste pour entreprendre des actions. En dernier lieu, cette organisation se retrouve dans le cimetière du village, c'est-à-dire au Sud seront construits des tombeaux dans lesquels sont inhumés les personnes sans descendance, les serviteurs peu importants, alors qu'au Nord seront disposés les dépouilles de personnes de haute lignée.

Prépondérance du zébu dans la culture et l'Art de Madagascar

Animal légendaire des cultures et de l'histoire de Madagascar, à lui seul le zébu symbolise la force, le courage, la richesse, la prospérité, le sacré ou le divin, le pouvoir... Ce bovidé largement présent dans les terres centrales compte un cheptel de quelques... 10 millions de têtes (recensées en 2010) et sera depuis des décennies l'emblème de la monnaie locale et figure toujours sur les sceaux officiels.
« Omby » dérive selon les historiens du mot de la langue bantoue kiswahili « Gnombe » (agnomby ou aombe dans certains dialectes), ce bovidé exotique est le descendant d'une espèce indienne d'aurochs. Le Zébu à bosse est originaire de l'Afrique et a été introduit lors des vagues de migrations au départ de l'Afrique vers le Xe siècle. Cette espèce unique au monde se caractérise par sa bosse adipeuse au niveau du garrot (trafo qui veut dire délicieux), ses longues cornes et sa peau lâche sous le menton. Dans l'art Malagasy, le zébu fait office d'animal sacré (symbole religieux, animal sacrifié lors des cérémonies et des cultes) ou d'animal domestique (pour tracter la charrette ou la charrue).

Art de Madagascar

Une légende locale raconte que ce bovidé zébu très caractéristique de la Grande Ile prit son nom de « Omby » sous le règne de Ralambo vers la fin du XVIe sièckle et le début du XVIIe siècle, qui vit alors ces bêtes bien engraissées sur le point de périr. Le roi demande à sa garnison de rassembler ces omby et ordonna à un esclave d'en goûter la viande très odorante par la grillade et savoureuse (surtout la bosse appelée en malgache trafo du mot matrafotrafo ou délicieux). Ainsi, le ébu devient un symbole puissant de la royauté et rythme la vie des habitants de la naissance à la mort (cérémonial de la naissance, de circoncision, des fiançailles ou du mariage, funérailles, retournement de mort, dons et offrandes de viande). A Madagascar, la tradition veut que la richesse d'un paysan se définit, non pas par la valeur de ses biens matériels, mais par la taille de son cheptel personnel en zébu ou omby. Ainsi, des éleveurs des plaines du Sud ont le droit d'épouser plusieurs femmes en raison de leur puissance et de leur notoriété en têtes de bovidés, de jeunes filles vierges prises dans les villages traversés en offrant ces animaux en offrande aux parents, puis réservés pour un grand banquet de mariage célébré quelques années plus tard. A leur naissance, les enfants de sexe masculin héritent d'un nombre de bêtes qu'ils se doivent de faire prospérer et de veiller en même temps sur ces filles et leurs enfants (tribu).

Le zébu mazavaloha (tête claire) est exécuté lors de rituel de demande en mariage ou fiançailles de l'ethnie Bara. Enfin lorsque le propriétaire du troupeau décède, tous ses zébus sont sacrifiés pendant la veillée mortuaire durant des semaines voire des mois (communauté Antandroy). : la tête de toutes les bêtes servant à orner le tombeau. En pays Mahafaly, à la mort du propriétaire de zébus, on procède également au sacrifice de bœufs à bosse le jour de son enterrement, le crane des bovins sont exposés sur le tombeau du défunt et démontre la croyance sur laquelle le zébu emporte l'âme « fanahy » dans l'au-delà auprès des ancêtres et de Zanahary...