Artisanat et antiquités d'Asie
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Marionnette Kathputli : le reflet de l'Inde à travers les âges

Né au VIIIème siècle (des sources mentionnent le VIIème siècle) au nord-ouest de l’Inde (dans la région du Rajasthan), le théâtre de marionnettes Kathputli est un art typiquement indien qui mêle  musique et danses traditionnelles du Rajasthan, danse et spectacle de marionnettes.


Explications et origines de la marionnette Kathputli


Kathputli indienne

Littéralement, le mot « Kathputli » se traduit par poupées de bois qui dansent, cet art ancestral met l’accent sur le volet de la culture indienne du Rajasthan, riche et complexe.
À ses débuts, ce spectacle de marionnettes Kathputli était une forme d’art à des fins de divertissement de la cour, notamment à cette époque le prince Vikramadiya. On raconte que les marionnettistes Nat Bhatt (de la communauté Bhatt) jouaient avec ces marionnettes à fils lorsque le prince avait des insomnies. Ces marionnettes à fils furent créées dans la région du Rajasthan, qui comprend les villes de Jaipur, Mathura, Ajmer, Bikaner, Jodhpur (au sud du désert de Thar) et Udaipur.

Cependant, il existe une légende sur cet art qui fait le lien avec l’origine de cet art et la mythologie hindoue : en effet, le dieu Shiva voulant divertir sa femme la déesse Parvati fit sculpter des marionnettes en bois. C’est par la suite que ces mêmes marionnettes auraient été transmises aux hommes, en premier lieu le prince souffrant de graves problèmes d’insomnies. De ses origines ici-bas, le théâtre de Marionnettes Kathputli était alors soutenu par les maharadjas, la caste de marionnettistes la communauté Bhatt fut souvent conviée dans leurs palais pour venir raconter leurs histoires. Parmi ces lieux qui témoignent du faste de la marionnette Kathputli, le fort Jaigarh situé près de Jaipur construit sous le règne de Jai Singh II.

Leur créateur était d’habiles artisans, les Nat Bhatt qui avaient un autre rôle comme bardes généalogiques dans la société traditionnelle des maharajas. Non seulement ils chantaient les louanges des castes qu'ils servaient, mais surtout ils avaient la capacité de citer oralement l’arbre généalogique de ces castes impériales sur plusieurs générations : cette communauté était considérée comme mémoire vivante de ces castes.


Les premières marionnettes indiennes furent en argile, mais elles sont remplacées au fil du temps par des marionnettes constituées d’épis de maïs à partir du règne du roi Akbar en 1592. Elles mettaient alors en scène la vie à la cour impériale, faite de grandes fêtes et de réceptions somptueuses avec les nobles et les princes, les épisodes de guerriers Rajput. C’est aussi à partir de cette époque charnière que ces poupées alors en bois prirent leur nom kathputli, poupées de bois qui dansent.


Les marionnettes indiennes kathputli sont aussi des objets de culte, ces marionnettes sacrées sont considérées comme des créatures célestes capables de protéger les hommes et leurs biens, mais aussi d’apporter leur aide en cas de nécessité. Par ailleurs en tant qu’art qui se transmet de père en fils (tradition et secret de fabrication bien gardé depuis plusieurs siècles), aucun maître marionnettiste Batt ne jette ces poupées de bois. En fin de vie, car jugées trop vieilles ou sérieusement cabossées, ces marionnettes de bois sont immergées dans des fleuves sacrés pour le rituel d’accompagnement des âmes…

Présentation de la marionnette Kathputli

Marionnette Kathputli

Une des particularités de cette tradition de la marionnette Kathputli est que sa manipulation par le maitre-marionnettiste est liée au mouvement rythmé de celui-ci, ceci contribue à donner une grande mobilité aux marionnettes.
Les marionnettes kathputli:
- ont une tête de bois sculpté (de manguier en général) sur laquelle est appliquée le maquillage, la couleur de teint, sont rajoutées des détails comme le fard des paupières, la moustache ou la barbe, les cheveux, les sourcils pour que la marionnette soit très ressemblante
- son corps (poitrine et bras) mou très souple est constitué de tissu rempli de bourre ou chiffons
- ce corps est drapé de tissus brodés multicolores, voile de coton ou mousseline de soie, qui constitue la partie inférieure du corps. Ces tissus représentent une ou plusieurs jupes flottantes, sari et voiles (l’importance du nombre de jupes superposées est liée au nombre de générations de marionnettistes qui ont utilisé ces poupées indiennes)
- la figurine est raccordée à des fils, leur extrémité étant fixée sur la tête, les parties mobiles ou à la taille de la marionnette
- le marionnettiste debout donne vie à son petit partenaire qui se déhanche et fait bouger se voiles et son sari.

Parmi les nombreux détails et attributs que l’on retrouve sur une marionnette indienne, ceux-ci sont étroitement liés aux familles de personnages : divinités, princesses, rois, princes, nobles, guerriers, dompteur de tigres, d'éléphants, charmeur de serpent, acrobate de cirque, jongleur de torches enflammées, cracheur de feu… Ou des personnages pittoresques à l’instar du porteur d'eau, du tailleur, le marchand, la diseuse de bonne aventure, la spécialiste du commérage des bas quartiers…

Une marionnette kathputli traditionnelle a une hauteur comprise entre 70 cm et 90 cm. Autrefois, la caste des artistes Bhatt manipulait ces marionnettes de tissus dansantes sous les yeux ébahis de leur audience royale.

Kathputli : du spectacle de cour au spectacle de rue…

Ce théâtre de marionnettes Kathputli garantissait la pérennité de la fonction des Bhats à la cour, leur permettant de conserver un statut social modeste pour assurer leur renommée. Dans ces spectacles, ils racontent les faits et actes des anciens seigneurs depuis l’ère du roi Vikramadiya. Chaque soir, trente deux marionnettes prenaient successivement vie pour chanter, danser et faire des acrobaties.

Malheureusement avec l’insatiable désir de découvrir de nouveaux divertissements plus sophistiqués et la féerie de la vie de palais, le théâtre de la marionnette Kathputli est peu à peu délaissé. Les marionnettistes durent se réinventer pour gagner le cœur d’un autre public, celui de la rue et se baptise spectacle populaire. Bien sûr, il fallut adapter le répertoire et inventer de nouveaux personnages pour accrocher l’assistance.
Le spectacle de marionnettes endosse le rôle de divertissement, mais les marionnettes du Rajasthan il jouent également sur scène le rôle de conseillers des villageois en matière de morale, d’éducation, de santé, de sagesse au niveau de la famille. Parfois, ces marionnettes ont un rôle relié à la religion, au domaine ésotérique, spirituel.
Ces marionnettes du Rajasthan continuent alors de virevolter, de bouger et de transmettre des messages forts à divers publics au cours de leur vie éphémère.

Au cœur de la représentation des marionnettes Kathputli

Marionnette indienne Kathputli

Chant et bruits de tambour en fond plantent le décor, sur la scène un marionnettiste bouge et manie au moyen de ses mains cette marionnette coquette. Ce spectacle de poupées indiennes partage une parenté avec la danse indienne traditionnelle, à travers un univers poétique enchanteur.

Le marionnettiste principal s’appelle Sutradhar, placé à l’autre extrémité du fil, il agite ses mains et entraîne son petit partenaire de bois, dans une danse envoûtante. Il est à la fois un habile artisan et un marionnettiste hors pair en parfaite connaissance du répertoire classique indien comme le veut la tradition.

Le conteur Bhagavat récite l'histoire, il utilise un instrument de bambou qui permet de moduler sa voix (cette voix nasillarde très caractéristique du Kathputli). Sur scène, d’autres artistes jouent des instruments de percussion, à vent, harmonium, des instruments traditionnels comme le punji ou dholak afin de rythmer et donner un caractère magique à chaque scène.

Au cours d’un spectacle, en prélude le conteur vient présenter la scène entouré de musiciens, c’est alors qu’entrent en scène le marionnettiste et sa troupe d’acteurs en bois et en tissus. Le décor est planté, l’histoire a pour cadre un petit village typique et a pour thème des scènes de la vie quotidienne à travers des personnages du peuple. Fidèle à ses origines, le spectacle peut aussi avoir comme support de narration la vie de cour (par exemple de l'empereur Akbar), avec un voyage transportant le public dans les palais à l’occasion de festins. On voit alors la participation de plusieurs marionnettes en tant qu’acteurs, des gens du spectacle divertissant la cour royale (un serpent se tortille au son de la flûte du charmeur).


New Delhi et le spectacle Kathputli Colony

Ces Marionnettes du Rajasthan comptent parmi les plus célèbres d’Inde, cependant c’est un patrimoine de plus en plus délaissé… Au profit de la télévision, du cinéma ou de la mode occidentale !
En quête de nouvelles opportunités, des marionnettistes tziganes venus du Rajasthan s’installèrent avec des tentes sur un terrain délaissé de Delhi. Ce fut dans les années 60 et en quelques années, ces artistes ont créé le mythique Kathputli Colony, plus importante communauté d'artistes tziganes d'Inde réunie autour de cette marionnette (2800 familles sont répertoriées en 2015).

Mais ce nom fait écho au bidonville de la périphérie de Delhi à l’ouest, réunissant alors une importante communauté d’artistes, magiciens, marionnettistes, charmeurs de serpents et dresseurs d'animaux. Ces artistes issus pour la plupart de générations de familles d’artistes avant eux entendent faire perpétuer leur art qui se trouve en voie de disparition.
Comme leurs aïeux devant quitter leur statut de barde des Maharadjas, ils doivent inventer d’autres moyens de faire vivre la marionnette de Rajasthan et leur famille. Ainsi, beaucoup de ces artistes ont quitté leur terre d’origine pour entreprendre un long périple sur les routes vers New Delhi et sont devenus artistes itinérants pour se retrouver dans des bidonvilles.
Par conséquent, dans la Kathputli Colony on ne joue pas pour divertir les Maharajahs, mais les touristes occidentaux en quête de dépaysement culturel. Ces marionnettes dansent aujourd’hui pour gagner leur vie, parfois au jour le jour, bien loin de l’image du marionnettiste avec leur position sociale confortable. Ces bidonvilles regorgent de populations entassées vivant dans l’extrême pauvreté, ici des enfants sans chaussures jouent sur des montagnes de déchets avec des mouches, de la boue, par là des hommes se savonnant dans des flaques d’eau, au milieu de passages tortueux devant un spectacle de vaches amaigries, le tout couronné par une odeur d’égouts insoutenable…

Mais au centre de cette misère bat le cœur de la marionnette de Rajasthan animé par de pieux conteurs, des marionnettistes, des danseurs, des contorsionnistes, des dresseurs de singes, des acrobates, des musiciens, des magiciens. Des cracheurs de feu, des avaleurs de couteaux et des charmeurs de serpents. Les artistes raccommodent les installations, les instruments les tôles rouillées, les cabanes, les tissus déchirés des poupées et surtout les marionnettes de spectacle. La musique est omniprésente dans ces spectacles souvent à ciel ouvert à travers ces bidonvilles qui ont eux aussi vocation à amasser des foules de curieux.
Se rajoute aux difficiles conditions d’exercices de ce métier de marionnettiste kathpulti, la décision du gouvernement propriétaire des terrains de raser le campement au bénéfice d’un puissant promoteur immobilier pour un projet plus lucratif. Cet accord prévoie la démolition des maisons de la Kathputli Colony afin de bâtir des immeubles d'appartements de haut standing de quinze étages.

Ceci marque alors la fin d’une époque et du monde de la marionnette indienne. Dans la même lignée, la perspective des jeux du Commonwealth de 2010 à Delhi avait entrainé des plans de rénovation urbaine, les marionnettes indiennes n’ont pas résisté face aux assauts des bulldozers. Avec le cœur brisé, les familles de la Kathputli Colony ont délaissé ces lieux qui représentaient tout à leurs yeux pour de nouveau faire face à un changement de vie… Mais ces familles d’artistes ne perdent jamais espoir, car la marionnette Kathputli les protège, les guident vers une nouvelle terre promise, tant que la musique des tambours continuera à résonner, tel un cœur enfoui sous terre continuant de battre que l’on peine à oublier. Ce souvenir qui longtemps hante les esprits des personnes qui ont été bercés par la musique et les animations de la Kathputli Colony.


Les divers bouleversements qui ont marqué l’histoire de la marionnette kathputli n’ont pas pu terrasser l’envie et le courage des générations d’artistes Batts qui lui sont dévoués corps et âme. Ces changements n’ont rien enlevé de la splendeur du spectacle de marionnettes indiennes qui jadis fut créé pour divertir le roi.