Artisanat et antiquités d'Asie
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Fabrication d'un masque indonésien "Topeng"

Le masque de topeng indonésien ne se limite pas à sa seule utilisation artistique, c’est un outil de théâtre qui est à la fois religieux.

Première étape de la fabrication du masque indonésien : choix et coupe de l’arbre

L’arbre au nom botanique Alstonia Scholaris est un arbre tropical à feuilles haut de 40 mètres, originaire de l’Asie du Sud-Est appelé communément Dita, Quinquina d’Inde ou d’Australie. Selon son utilisation (rituel ou spectacle), le bois est prélevé sur un arbre ayant poussé dans un endroit pur ou hanté (cimetière / temple) ou dans une forêt (masque de spectacle). Le bois décapé est de couleur blanche.

Selon les croyances, l’arbre est habité par un esprit. Pour le faire partir de l’arbre, on procède à une première cérémonie « Ngepel » avec des offrandes et des prières Mantra. Une fois la première cérémonie achevée, le prêtre assène les premiers coups de hache…

Dans l’atelier de l’artisan…

La fabrication du masque indonésien topengest un art qui se transmet de génération en génération à Bali. Avant de passer maître dans cet art, l’apprenti doit savoir manipuler une artillerie d’outils composée de :

  • 20 ciseaux pahat
  • 4 couteaux plats mutik ou recourbés pour tailler finement le bois
  • gouges pangot
  • machette timpas
  • coutelas blakas
  • hachette kandik
  • maillet en bois dur pangotok.

Une fois que l’apprenti russi à se familiariser (affûter) avec ces outils, il apprend alors les techniques de broyage. Assis au sol, à l’aide de machette et de coutelas, l’artisan égalise les formes et délimite les volumes avec la hachette. Les pieds de l’artisan servent à maintenir le morceau de bois. Il jongle par la suite avec la vingtaine de pahat pour créer les joues, le nez, le front, les oreilles et la bouche. Le sculpteur révèle le masque, établit une communication. Les yeux de forme bombée permettront aux artistes de percevoir la scène grâce à une fente creusée au niveau de la paupière. En retournant le masque, le sculpteur va maintenant créer la partie concave qui accueille le visage de l’artiste et va donner un effet de résonnance à la voix.

A l’aide de ses mutik, le sculpteur procède à l’affinage du masque ou phase Halus. Il pèle le masque comme on pèlerait une pomme, puis ponce le masque (avec la feuille rugueuse de l’amplas ou au papier de verre). Les cheveux, les rides les ornements sont tailles au couteau.

Grand masque balinais du barong
75 €
 

Le masque topeng prend des couleurs

Si jadis on utilisait des pigments naturels pour la peinture du masque, aujourd’hui les couleurs acryliques ont envahi les ateliers de sculpteurs. Cependant pour des masques de temple, la tradition est toujours de mise.

Pour le procédé traditionnel, les diverses teintes sont obtenues par broyage de produits naturels. Le liant naturel appelé ancur est réalisé à partir de colle de poisson afin que la peinture adhère au masque.

Couleur vaut codification dans la tradition des théâtres de Bali ou de Java. Le spectacle de masque indonésien topeng ne fait pas exception, on obtient ainsi du :

  • Noir, symbole de force et de pouvoir, en broyant de la suie d’huile de noix de coco
  • Blanc, symbole de pureté et divinité, par broyage d’os de porc ou de bois de cerf
  • Rouge et jaune symbolisent respectivement le courage et la faiblesse. les produits proviennent de Chine
  • Brune, rose, ocre sont obtenus par broyage de la pierre péréde l’île de Serangan. Le brun sert à distinguer le caractère passionné du caractère compatissant et doux (rose)

La putréfaction de la feuille de l’indigotier permet d’obtenir le bleu ou le vert, symboles des caractères calmes.

L’application de la peinture se fait avec un pinceau, l’artisan procède par bandes régulières. Le noir et le gris servent à vivifier les traits, la bouche, les rides et les yeux. Les yeux sont délicats, car l’artisan doit pouvoir créer une suite de cercles concentriques en alternant gris – noir, il doit pouvoir reproduire l’effet de transparence et la magie de l’œil humain. Le vernis (à base de chaux et de colle de poisson) est ensuite passé dès que le masque est sec.

Ultime étape : la sacralisation

La sanctification du masque indonésien topeng se déroule en 3 cérémonies. D’objet ordinaire, le masque passe au statut d’objet particulier.

La première cérémonie vise à la purification et l’inauguration du masque, « prayascita » « melaspas », c’est-à-dire nettoyer le masque Sali par les impuretés dans son processus de fabrication (tenu avec les pieds, par terre). La seconde cérémonie « ngatep » « masupati » est initiée par le prêtre et le fabricant du masque, la phase d’animation de l’objet ainsi doté d’une vie spirituelle.

Enfin la 3ème cérémonie « ngeheri » consiste à faire entrer dans le masque un esprit actif. Le masque et l’esprit ne font plus qu’un désormais, le masque indonésien est capable de protéger celui qui le porte et son entourage.

Cette sacralisation se fait la nuit, soit dans un endroit hanté comme un cimetière, soit dans un endroit pur comme un temple. Les mantras sont donnés par le prêtre, une flamme rejaillit du masque pour démontrer que l’esprit habite maintenant l’objet. Le prêtre ou le danseur porte le masque sur son visage, court et danse (étape du « tetangunan » ou transe).

A Bali, la fabrication du masque de Topeng concille prouesse technique, sens artistique et acte de sacralisation. Le masque indonésien revêt une grande importance dans la vie de tout citoyen, qu’il soit un masque pour accomplir des rituels ou pour transmettre le sens des valeurs…