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Masque Balinais : dans les coulisses du spectacle Topeng

« Topeng » en indonésien signifie objet masqué, dans son expression plus large le terme fait référence à une représentation de théâtre masqué. Quelle est l’origine de ce masque et quelle en est son utilisation dans le théâtre balinais ?


Bois sculpté, mélanges de décoction d’os d’animaux, pierres broyées, glu de saumure de poisson : non ce n’est pas une recette mystérieuse mais bien les composants entrant dans la fabrication traditionnelle du masque Topeng. A tout cela s’ajoute les accessoires du masque, fabriqués à partir de breloques (bijoux), les cheveux et les sourcils sont pris à partir de cheveux humains ou de peaux tannées. Et ce masque balinais est un portrait qui incarne la terreur, la stupéfaction, l’énergie d’où émane un sentiment mystique.


Le masque balinais

Histoire d’un masque et la naissance du théâtre masqué balinais

L’Alstonia Scholaris est le nom scientifique du bois de couleur blanche servant à sculpter le masque de topeng. Les premiers masques sont venus de Java à l’époque classique hindou-bouddhiste qui se situe entre le Vème et le XVème siècle.

Le lontar, livre antique balinais, rapporte un autre témoignage : entre 1460 et 1550 à l’époque du roi Dalem Batu-Renggong, les masques furent rapportés de Java Est précisément de Blambagan, vers Gel-Gel (Bali). 

Ce même livre raconte que le convoi conduit par I Gusti Ngurah Jelantik Wayahan et Patih Ularan rapporta de Java une boite contenant des masques et 2 gongs de retour à Gel-Gel. C’est de cette victoire conseiller du roi I Gusti Ngurah Jelantik Wayahan que fut inauguré le premier spectacle de masque balinais Topèng.

Une représentation basée sur le modèle de spectacle javanais du Topeng sur fond de rituels, en commémoration des ancêtres balinais divinisés.

Le masque de topèng servait exclusivement aux célébrations religieuses, les spectacles de Topeng furent intronisés comme danse rituelle dans les temples au début du XVIème siècle (Topeng Padjegan avec un seul danseur).

De Gel-Gel à Klungkung, ces premiers masques sacrés voyagèrent avec I GustiNgurahJelantikWayahan en 1879 et terminent leur périple à Blahbatuh, dans le temple Pura Penataran Topeng où ils sont conservés.

Ces premiers masques de Topeng représentent les conquérants du royaume de Majapahit. Cet empire du roi Majapahit est exposé dans le manuscrit BabadAryaTabanan et raconte l’invasion des troupes de ce souverain contre Bali. Au terme de 7 mois de bataille, l’affrontement entre les troupes du roi Bedulu et celles de Majapahit arriva, vers 1343. La conquête de l’île par les troupes de Majapahit fut l’issue, les frères Arya dirigèrent Bali, ancêtres des rois balinais.

Le déclin du royaume de Majapahit se situe entre le XVème et le XVIème siècle, nobles, prêtres et artisans se réfugièrent ainsi dans les montagnes de Bali.

Le masque balinais figure ces conquérants et leurs descendants de cette époque charnière de Bali, rois, princes, conseillers, Premiers ministres. Le masque de Topeng tisse des liens entre le passé et le présent…

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Le masque balinais au théâtre

Topeng, le théâtre dansé et masqué de Bali

Le Topeng en tant que forme théâtrale est une danse masquée chorégraphique qui illustre les histoires du répertoire du Babad. Ce répertoire ancestral spécifique au Topeng est une série de mythes et de contes évoquant les origines des populations de Bali, explication de l’origine des clans et des tribus. Ce spectacle de Topeng détaille les positions sociales, en cela que l’aristocratie balinaise est la lignée directe de princes javanais hindous, les conquérants de Bali au temps du royaume de Majapahit.

Vraisemblablement, le spectacle de Topeng fut exploité à Bali au XVIIème siècle, ce fut comme aujourd’hui encore un spectacle masqué dansé avec de la musique. Depuis toujours, les masques indonésiens que portent les artistes sont considérés comme sacrés, chargés de pouvoirs mystiques. Ces objets de culte servent à raconter l’histoire de dieux et de héros puissants. Sur scène, chaque famille de masque à son importance et racontent la rivalité légendaire entre les anciens princes balinais et les légendes des conquérants javanais (répertoire du Babad). Les personnages masqués sont des rois, des valets, des ministres ou conseillers, des ancêtres ou dieux ou des animaux. Cette chronologie de la littérature Babad expose les archétypes ancestraux basés sur une hiérarchie féodale. Cette hiérarchie construite par les masques indonésiens retrace les origines du peuple de Bali et légitime certains statuts dans la société.

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Depuis des siècles, les danses Topèng de masques commémorent les exploits des guerriers d’antan, à l’effigie de Djauk. Le spectacle masqué Djauk est un spectacle solo d’un danseur réincarnant un démon avec son masque terrifiant.Un masque qui est une véritable œuvre d’art dans la culture balinaise au centre de ce spectacle de danse rythmé au son de gongs. La musique coordonne les mouvements du danseur qui s’arrête une fois que celle-ci est stoppée dans le spectacle. Dans la généralité des spectacles, le public à affaire à des masques mystérieux, au caractère surnaturel, terrifiant. Longs ongles transparents, dents acérées, yeux exorbités, moustaches et sourcils volumineux…

Le théâtre de danse masqué topeng reste un des rites essentiels du village balinais, ce spectacle continue de raconter les légendes et mythes ancestraux en véhiculant des messages de sagesse, d’ordre et de bonne conduite. Un autre répertoire de la danse de masque balinais est le Ramayana. Dans ce spectacle également, la musique a une importance capitale, car elle mène et rythme les mouvements du danseur masqué, le cours de l’histoire… Elle est un des piliers qui contribue à l’envoûtement du Topeng.

Dans les coulisses du spectacle Topeng

Musiciens dans un spectacle Topeng

Toute représentation de spectacle du masque balinais débute par l’entrée en scène de la danse des masques entiers (Keras, le ministre violent portant un masque plein coloré ; Tua, vieux dignitaire de la cour avec aussi un masque coloré). Arrivent les caractères aux masques articulés, penasar (valets) et Bondres (personnages caricaturaux et burlesques). Les Penasar du Dalem (roi) sont les véritables metteurs en scène et annoncent la venue de leurs maîtres. Ils sont leurs interprètes (le Dalem étant un masque plein muet), traduisent leurs mimes ou les expressions employées en vieux javanais.

Le Penasar est ce fidèle serviteur du prince qui a pour fonction de narrer la fable et d’introduire les protagonistes. Penasar et Wijil sont 2 frères, serviteurs du prince Panji. Ils sont opposés et complices, le gros et le petit.

Une fois la danse virtuose effectuée, les 2 frères Penasar ouvrent la marche au Dalem. Portant un masque blanc, le souverain incarne à travers son masque balinais topeng la descendance divine. Son masque est frappant d’une beauté mystérieuse, sa danse est d’une grâce spectaculaire, elle codifie l’union entre 2 mondes opposés, ciel et terre, 2 genres opposés, les 2 sexes.

La prestation scénique Topeng se poursuit avec l’entrée en scène des Bondres, des masques comiques de bouffons proches de la commedia dell'arte. Les Bondres sont des personnages qui appellent à la faculté des acteurs d’observation de la société et d’improvisation (les imitations peuvent être inspirées du public en présence). Les caricatures sont celles des gens du peuple, des personnes souffrant d’infirmité mentale ou physique exploitant des plaisanteries grivoises. Peuvent être pris comme références des Barong l’aguicheuse ridicule, le keto charmeur bègue et boiteux, le sourd, l’hypocondriaque et le personnage suab ou grande gueule vantard.

2 familles de masques puissants s’opposent, d’une part les Barongs protecteurs des héros (rois et princes) incarnant le bien, d’autre part les esprits maléfiques affrontant les Barongs ou provoquant les héros.

Les animaux sont également présents sur scène avec des masques Topeng de grenouille kodok, le singe rieur ou le grand oiseau Hanuman.

Comme la danse balinaise stylisée et codée, la gestuelle du théâtre masqué balinais fait appel à la virtuosité des acteurs. Une trentaine de masques balinais sont mis en scène et les personnages se distinguent par des traits spécifiques :

  • Les gentils ont avec des traits fins, raffinés, de couleur blanche, symbole de pureté
  • Les démons ont des traits grossiers et des gros yeux exorbités
  • Les forts et les personnages dotés de pouvoirs sont incarnés par des masques noirs
  • Les masques de couleur rouge signalent la présence de caractères braves et courageux
  • les masques violets sont des personnages durs et bruyants.

Ainsi, les scènes s’enchaînent avec des ballets langoureux, des pas de danse lents exécutés par ces personnages mystérieux dansant au rythme des gongs du Gamelan. D'ailleurs, la musique tient une place de premier ordre dans la danse du masque balinais, elle rythme l’action à coups de gongs (sons produits par les instruments de percussions) ou de notes saccadées d’instruments de musique traditionnels Indonésien à vent ou à cordes. La narration épouse le mouvement dansé, la musique et le chant couronnent le tout dans une ambiance captive, effrayante et hors du commun.

2 sortes de représentations de Topeng existent : la plus sacrée s’appelle « Pajegan ». Ce spectacle de danse masque est joué dans un endroit sacré par un seul acteur, il sert à attirer la bénédiction des ancêtres lors de la clôture d’une cérémonie au temple. L’acteur exécute les rituels avec le masque balinais sacré, prononce les mantras dans l’enceinte jeroan du temple. Ce seul personnage change de masques, il interprète tous les rôles, avec en final Sida Karya, littéralement « celui qui peut faire le travail » (sous entendu les mantras). C’est le personnage le plus important du Topeng Pajegan, par son intervention la cérémonie a atteint son objectif.

La seconde catégorie de représentation est le Topeng Panca de divertissement. Joué cette fois-ci par un groupe d’hommes, chacun des masques a un rôle (6 familles de masques).

Variante également du théâtre indonésien, le Wayang Wong ne présente cependant que quelques caractères humains, le héros Rama dieu Vishnou et son servant Twalen frère de Shiva. La majorité étant des masques de singes sacrés. Des masques racontant les épisodes du Ramayana.

Tous les masques, de divertissement ou de rituel, sont sacrés, ont droit à des offrandes et des prières (de leur fabrication à leur sacralisation). Ils sont enveloppés dans un linge et conservés précieusement en hauteur, car les masques sont l’héritage culturel et social de la culture balinaise.

Le masque Topeng au théâtre

Le Topeng en tant que masque, ou pris dans son sens large de représentation théâtrale, fait partie du patrimoine culturel de l’île de Bali. Ce rituel masqué est un héritage de plusieurs siècles rapporté selon les légendes, de Java, Blambagan par des conquérants vers Gel-Gel (Bali). Si jadis le spectacle avait une utilisation purement rituelle, de nos jours le théâtre de masque de Topèng joue plusieurs rôles dans la société balinaise.

C’est un monde magique qui passe de l’humour au drame, du ridicule à la dignité, du comique ou la laideur à la beauté et du sacré au profane. Dans sa fonction sociale, le Topeng transfigure le raffinement subtil des personnages de haut rang opposé aux caricatures absurdes du prolétariat et de la vie quotidienne. Tout comme les spectacles de Wayang kulit ou Golèk, le spectacle de Topeng met l’accent sur la lutte entre 2 mondes opposés. A la seule différence qu’un théâtre dansé de masque balinais privilégie le répertoire du Babad, le conte sur les origines de l’aristocratie balinaise et la naissance des clans.

Le Topeng présente des masques frappés de traits exagérés, des yeux globuleux exorbités ou des visages grossiers, a contrario séduisants avec une beauté mystérieuse. Les masques sont les indispensables dans le Topeng en tant qu’art d’envoûtement. Le Topeng est le moyen de communiquer avec les ancêtres et les esprits à travers ces masques.