Artisanat et antiquités d'Asie
Tel: 01-85-54-01-34 Pièces visibles sur Paris sur rendez-vous.
Panier

L'art Moghol

Entre 1528 et 1858, sous le règne de la dynastie moghole sur le sous-continent indien, l’art moghol va produire une quantité importante de grandes œuvres, la plus significative étant par exemple le Taj Mahal en architecture, mais concerne aussi bien l’art du livre (les miniatures de la peinture), l’art des objets d’artisanat…

Chronologie de la conquête de l’Inde par l’empereur Babur et la souveraineté des descendants Moghols

À la tête de la dynastie timouride se trouve un grand conquérant du nom de Babur issu d’une lignée de turc chaghatay (descendant du grand guerrier Gengis Khan). A 11 ans, Babur tente vainement de conquérir sa ville natale Samarcande (Ouzbékistan), il fut alors chassé et devient quelques années plus tard le souverain universel de Kaboul. Grâce à son armée et son artillerie, il va conquérir l’Inde à partir de 1512 (batailles de Panipat et de Kanwa). À 47 ans, il va offrir à son fils Humayun la suprématie sur toute l’Inde.

Art moghol
Selon la chronique de la conquête moghole, c’est au nord de l’Inde que tout commence avec le sultanat de Delhi sous l’autorité de la dynastie des Lodi. Ibrahim, dernier représentant de cette dynastie vieille de 300 ans, fait assassiner de nombreux nobles, son frère et sa propre sœur. Son oncle affairé par sa propre situation fait appel au guerrier Zahir ud-din Muhammad, Babur « le Tigre »

L’apogée des grands moghols ne débute cependant qu’avec le successeur du fils ainé de Babur, Akbar. Cet empereur accède au trône alors qu’il a 14 ans, il va reconquérir peu à peu le royaume de son père laissé aux mains de Shah Tahmasp de la tribu safavide et de son frère ainé Humayun (conquête de Delhi). Sa réussite de la reconquête du royaume est appuyée par son tuteur Bairam Khan.
Akbar règne en maitre durant 50 ans et va peu à peu conquérir toute l’Inde, de Chitor au Cachemire, Marwar, Mewar, Bengale, Bihar, Gujarat, Sind, Orissa, Berar, Khandesh entre 1563 et 1600. Grand passionné de chasse, c’était un excellent administrateur qui avait fait fructifier le commerce et l’agriculture. Mais là où Akbar se démarque, c’est sa grande ouverture d’esprit au sujet de la religion : chrétiens, bouddhistes, hindouistes et théologiens chiites et sunnites étaient toujours les bienvenus à sa cour.

Jahangir, fils de l’empereur Akbar, prend le pouvoir sur un royaume prospère. Ce fut le plus grand artiste des grands Moghols, aidé de son épouse Nur Jahan (18e et fille du persan I'timad al-Dawla) et par son fils Shah Jahan (dont sa femme Mumtaz Mahal est la petite-fille du persan). L’épouse de l’empereur prend le titre de dame d’honneur, Nur Jahan étant une poétesse et artiste accomplie, elle va rayonner dans les domaines de la politique, des arts et de l’architecture.

Le fils de l’empereur Jahangir cultive une haine réciproque avec Nur Jahan, elle et son frère furent évincés de la cour par Shah Jahan aidé du général Mahabat Khan. Shah Jahan est alors seul maitre du royaume et a pour grande ambition d’unifier sous un empire sunnite l’Inde et l’Asie centrale…Sous son règne, l’Inde connu uné période spectaculaire dans le domaine architectural, influencé par la recherche de la majestueuse grandeur et des proportions parfaites symétriques. Ce fut un grand amateur de poésie et de musique.


Depuis le début du règne moghol, le pouvoir en place attribuait une part importante au mécénat artistique. Chose qui prit fin avec Aurangzeb (jusqu’à la fermeture de l’atelier de peinture de la cour), le successeur de Shah Jahan. En effet, ce dernier va mener une politique rigide et stricte pendant un demi-siècle en Inde et va persécuter les artistes, l’art étant jugé futile par rapport à la religion (l’art moghol de la miniature disparait). Un début de fissure de la suprématie du pouvoir des grands Moghols se fait pressentir avec cet empereur malade, épuisé par les combats et qui va léguer alors celui-ci à son fils Bahadur Shah Ier. Le déclin de l’Empire moghol en Inde sonne alors que l’armée britannique envahit le sous-continent (destruction de Delhi en 1739).
Il faut noter que des royaumes musulmans avaient précédé celui des Moghols (sultanat de Delhi), cependant leur domination et leur territoire n’avaient jamais égalé ceux des Moghols.

Grands domaines de l’Art moghol

Art moghol

Les Moghols sont des souverains musulmans, princes turcs originaires d’Asie Centrale. L’Art moghol se distingue notamment à travers 3 grands domaines :

  • Art du Livre
  • Architecture
  • Objets de décoration, armes.

La naissance de la peinture de l’art moghol prend racine avec Babur. Babur et sa lignée de descendants furent de grands passionnés de l’art du livre et des lettres. Cet art du livre timuride concerne la peinture, la reliure et l’enluminure. Le mécénat et l’atelier dédiés à la peinture débutent sous le règne d’Humayun, profitant des talents de grands peintres persans pour réaliser à la fois des fresques et des miniatures produites selon les techniques de l’art du livre persan (couleurs surnaturelles, personnages types, accumulation de rochers, etc.). De cette période artistique sera illustré le manuscrit Hamza-nameh sous les ordres d’Humayum. Ce manuscrit raconte l’histoire d’un des oncles du prophète Mohamed, il est composé de 12 volumes (plus de 1400 passages avec des chroniques illustrées par cent peintres). Le manuscrit Hamza-nameh compte parmi les réalisations les plus originales de l’art moghol.

L’atelier de peinture était notamment dirigé par les deux peintres persans du début, Mir Sayyid' Ali et Abd al-Samad, rejoints plus tard par Dust Muhammad d'Iran, Basawan… À la fin du règne d’Akbar, l’atelier compte plus d'une centaine d'artistes peintres. Humayun tira profit de son exil en Iran sur les goûts esthétiques et techniques des artistes de la cour de Tabriz.

Akbar fut un mécène généreux vis-à-vis de l’atelier de peinture impériale (miniature des livres manuscrits, fresques). Les œuvres produites sous le règne d’Akbar se caractérisent par la recherche de réalisme et le soin du détail avec une projection sur les scènes courantes de la vie, synthèse de la tradition picturale de Perse et d’Inde. Parmi les grandes œuvres littéraires de ce temps, on retient les romans biographiques de l’empereur Babur, puis d’Akbar, Le Livre des Merveilles de la Création…

Akbar possédait une des plus somptueuses bibliothèques d’Asie. 

Art mobilier moghol

Le règne des Moghols sur l’Inde dans le domaine artistique passe aussi par ces objets, sacrés, avec un travail aussi soigné que raffiné. Dans cet autre domaine, on retrouve des objets en pierre dure :

  • Jade (pierre des origines timourides
  • Cristal de roche
  • Agate
  • Rubis
  • Émeraude.

A côté des pierres dures, les artisans de l’art moghol joignaient l’émail d’or ou d’argent à la nacre, corne, à l’ivoire ou aux os d’animaux. Tous ces éléments servaient à réaliser différents objets, poignards, coupelles, bols, cornes à poudre (amorçant les fusils), coffrets, poires à poudre… 

L’art moghol du métal se décline en des objets d’abord en laitonet en alliages cuivreux :

    Cet art du métal va ensuite se poursuivre dans un matériau plus spécifique à l’Inde, le bidri (alliage de zinc, étain, cuivre, plomb). Le verre est aussi largement utilisé dans l’art mobilier moghol, les objets ont la même forme que ceux en métal.

    Enfin dans le domaine de la tapisserie introduit probablement avec la dynastie Akbar, l’art moghol dans ce domaine s’inspire des techniques iraniennes (tapis hérati à fond rouge, tapis chahar bagh). Ce sont des tapis à majorité en soie ou en laine, parfois en coton.

    Art moghol

    Art de la miniature moghole

    L’art moghol de la miniature brille à l’époque d’Akbar avec plusieurs éléments :

    • base de huqqa
    • aiguières
    • lampes
    • bols
    • vases et récipients à alcool.
    • Angles déterminés par des diagonales pour permettre à l’œil de suivre le déroulement de la scène (premier plan au paysage)
    • Héros apparaissant au bas de la page pour traverser obliquement celle-ci et se fondre dans le paysage dans un des deux coins supérieurs
    • Signature de collectif d’artistes sur la marge d’une même œuvre
    • Images de piété chrétienne européenne formalisées aux traditions des écoles de peinture de Rajput
    • Focus sur le modèle (études des personnages types, attitudes des personnages, paysages panoramiques).

    À travers les miniatures mogholes, on pouvait avoir une idée précise des scènes de chasse, du faste de la cour, des épopées guerrières, des portraits de princes et de nobles, de la nature paisible (animaux, oiseaux, fleurs). On pouvait découvrir aussi l’inspiration insufflant l’artiste de l’art moghol au sujet de la vie de Krishna et de ses conquêtes bergères, des miniatures aux couleurs éclatantes et pleines de vie.

    Sous l’empire de Jahangir, l’art pictural moghol de la miniature connait son apogée : tout ce qui frappe son attention est le support des croquis à réaliser par l’artiste de sa cour. Inconditionnel de la boisson, cet empereur est un passionné de curiosités et de culture en tout genre.

    L’art moghol sous Jahangir se caractérise par :

    • Palette de couleurs nuancée avec des tonalités subtiles (demi-tons)
    • Œuvre ordonnée avec des parties dépendantes les unes des autres pour un équilibre harmonieux
    • Finesse des traits comparables aux gravures européennes.

    L'architecture moghole avec Akbar

    Sous le règne d’Akbar commence un réel intérêt pour l’architecture moghole, où style persan, indien et Européen sont fusionnés pour créer un style propre d’architecture des conquérants. Le style hindou avec des édifices massifs et sobres se joint au style persan : grès rouge, corniches, toits garnis de kiosques, décoration moulée et sculptée, piliers à chapiteaux, rigueur géométrique, jeu de pierres de différentes couleurs. Le site de la tombe de Humayun fut une des premières œuvres de l’art de l’architecture moghole (tombe-jardin) en Inde, la Porte de Delhi (du fort d’Agra).

    Le mausolée d’Akbar est encore une autre illustration du renouveau du style architectural moghol, artistes et sculpteurs musulmans et hindous travaillent à l’unisson pour créer un style particulier. Au mélange de grès rouge ou rose, de motifs géométriques et au marbre blanc incrusté de pierres s’ajoutent les motifs floraux, des fleurs de lotus et les calligraphies coraniques inscrites sur le marbre et le grès.

    Art moghol - Architectural

    La période florissante de l’art moghol sous Shah Jahan

    Au fil du temps, l’architecture de l’art moghol prend une place prépondérante au même titre que l’art du Livre. C’est sous la dynastie de Shah Jahan, 4e grand Moghol que cette architecture de l’art moghol s’épanouit (édifice funéraire du Taj Mahal). Les peintres et autres artistes du livre vont trouver une clientèle plus élitiste, en particulier nobles et habitants de la cour. L’art moghol des miniatures sous la dynastie de Shah Jahan se caractérise surtout par la règle d’or de la géométrie stricte, alliée à une finesse jamais atteinte à ce niveau des éléments décoratifs (riches dorures) qui donnent encore plus d’envergure aux œuvres monumentales aux contours de marbre.

    Autres traits caractéristiques, des scènes de réunion de musiciens, de fakirs, de danseurs, d’ascètes, mais encore une miniature présentant un couple d’amoureux blottis sur des terrasses… L’attention particulière portée aux formes féminines tout comme le détail du regard sensuel avec l’ombrage de la paupière marquent un grand tournant dans l’art moghol de cette époque.

    La civilisation moghole transforme l’Inde en un pays où luxe et raffinement sont omniprésents, les cités de Delhi, Agra et Lahore par exemple sont parées de nouveaux monuments de marbre. L’architecture moghole fusionne, comme c’est le cas de l’art moghol du Livre, traditions iranienne et indienne. Ceci est palpable à travers l’utilisation de grès et de marbre, l’adoption de la technique pietra dura, ou encore les motifs de fleurs en pierres précieuses incrustées.

    L’œuvre la plus remarquable sans doute de cette architecture de l’art moghol demeure à ce jour le Taj Mahal ou palais de la couronne à Agra. Cette période culte de l’architecture moghole prend peu à peu fin avec le règne de Awrangzeb, bien que la mosquée de Lahore s'inscrit comme un chef-d’œuvre (« Badshahi »). D’un autre côté, l’art moghol du livre tend à disparaitre à son tour aux environs du XIXe siècle, l’art occidental prend le relai déjà au XVIIIe siècle (style baroque).

    Il applique une politique opposée à celle de son grand-père Akbar, intolérante et répressive face aux religions autres que l’Islam.

    La valeur de l’art est si précieuse, au point que l’art moghol puise ses sources dans les grandes bibliothèques de livres et d’objets d’art rares qui permettent de façonner l’esprit de tout un peuple… C’est une vitrine pour les artistes pour exprimer à juste valeur leurs pensées.