Artisanat et antiquités d'Asie
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Tangka Tibetain

Tout sur le tangka tibétain: histoire, principales utilisations et secret de fabrication


Dessin ou fresque sur toile ou sur tissu, rouleau, le tangka (thangka, thanka ou tanka) existe en Inde depuis des siècles. Ce sont des supports de méditation, leur confection s’inscrit dans les arts appelés Regong (art populaire traitant du bouddhisme tibétain). Les Tangka font partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2009.

Tangka tibétain

Le tangka tibétain : cet objet sacré rituel de l'art d'Asie


Aux yeux d’un Occidental, que représente cette œuvre roulée si particulière, comment la saisir et comprendre sa beauté ? Œuvre complexe, le tangka tibétain qui s’inscrit dans la peinture tibétaine est de visu difficilement abordable pour un œil occidental. En effet, le tangka doit être regardé par l’amateur d’art en tant qu’œuvre esthétique picturale et graphique, en plus d’une observation comme objet traditionnel de rituel, tout en dépassant le regard porté sur un objet de curiosité… De plus, contrairement aux œuvres occidentales, ces thangkas restent des œuvres anonymes (traditionnellement non signées et non datées), il s’agit alors d’examiner seulement et uniquement la beauté de l’œuvre sans connaitre l’artiste. Une question se pose alors : est-ce que ces œuvres tibétaines peuvent prétendre s’élever au rang de chefs-d’œuvre internationaux ? La comparaison est-elle possible sans bousculer les critères de jugement et les références en matière d’art occidental ? Parmi les intérêts de cette œuvre, on remarque la couleur fraîche sans mélange, le soin apporté à la miniaturisation, l’or transcende l’espace… La miniature devient géante dans l’observation et la compréhension.

 

Aux sources du tangka tibétain

Comment réellement apprécier une œuvre asiatique pour un initié des œuvres d’une autre culture ? Le tangka tibétain comme de nombreux objets typiques de cette culture ne fascine pas seulement pour cet intérêt de curiosité, c’est un véritable travail qui laisse transparaitre le mélange entre art et sacré…
Cette peinture sur toile de coton et objet rituel présente une double face : c’est à la fois un support de représentation religieuse et sur l’autre face sont inscrits des écrits ou des dessins représentatifs (tantra, mantra, sutra, ou des Stupas).
Originaires d'Inde, la trace des premiers Tangkas est certifiée au centre de ce pays, plus précisément dans les anciennes grottes d'Ajanta, daté entre le IIème siècle et le Vème siècle de notre ère. Mais on retrouve aussi la trace de ces tangkas dans la province du Gansu, au nord-ouest de la Chine (grottes de Mogao), daté entre 781 à 848 à l’époque de la colonisation tibétaine de cette région. C’est à partir du Xème siècle que cet art du tangka est influencé par les rouleaux des peintures des différentes civilisations de la route de la Soie (Chinois, Népal, Cachemire).
Au Tibet, monastères et petits sanctuaires domestiques sont décorés de cet objet rituel  thangkas de la peinture tibétaine, tissés ou aussi brodés (selon la technique de réalisation de l’artiste) pour en faire un support méditation.
Parmi les plus anciens tangkha tibétain issu de l'oeuvre asiatique, on trouve des modèles sur tissu, des peintures murales issues du courant du bouddhisme tibétain. Les thang-kas brodés sont originaires du Bhoutan, de la Chine du Nord et du Tibet de la partie extrême-orientale, tandis que les thang-kas avec la technique de la broderie d'application sont issus exclusivement du Tibet (spécimens rares en kesi ou technique de tapisserie plate chinoise).

Tangka tibétain

Les sujets traités par les artistes à travers ce support méditation et objet rituel sont divers, les 5 thèmes religieux les plus célèbres sont par exemple les épisodes des vies antérieures de Bouddha Sakyamuni ou « Jatakas », mais aussi les êtres éveillés Bodhisattvas et les Gurus.
Le Mandala est aussi très présent au cœur des tangkas de l'oeuvre asiatique, le « Palais de la Déité » avec l’image au centre du principe divin de la santé spirituelle fondamentale et des 4 orientations (diagrammes mystiques).
Autres thématiques tangka tibétain de la fresque sur toile, les dieux et les personnages célèbres de la religion Bön et du bouddhisme tibétain.

Il s’agit des Yidams, formes féminines et masculines de déités personnelles exprimant la nature particulière et individuelle de Bouddha. Ceux-ci sont entourés des gardiens de l’Enseignement ou Dharmapalas.
La roue de l'existence Bhavacakra en rapport avec les 6 royaumes de la cosmologie bouddhiste dépeint la totalité de l’enseignement bouddhique concernant le Samsara. Mais un tangka peut également présenter des vues topographiques d’un célèbre monument religieux comme la stupa.

Des thèmes non religieux sont abordés par le tangka tibétain ou la fresque sur toile tibétaine, le domaine de la pharmacologie et de l'astrologie tibétaine par exemple. Enfin, un autre sujet traité par la peinture tibétaine tangka : le portrait de lamas supérieurs de la hiérarchie monastique ou les tulkus, accompagnés de leurs protecteurs ou de leurs bienfaiteurs dans une oeuvre asiatique.
Quant au cadre, souvent en tissu, il a lui aussi une signification spirituelle inséparable de l'image elle-même, partagée entre symbolisme et art : des parties délimitées de tissu représentent la conception tibétaine du monde comme structure de base. L’encadré permet déjà d’évoquer sous forme d'objets le thème spirituel qui se retrouve dans l'image.

Un tangka tibétain ou peinture tibétaine s’analyse comme suit :

  • la partie supérieure est réservée aux dieux du panthéon
  • la partie inférieure comporte les divinités gardiennes de la Loi et les offrandes
  • au centre est placé le sujet du tangka, entouré de ses subordonnés ou de ses autres formes divines
  • des montagnes figurent souvent sur la tangka, élément caractéristique de l'iconographie traditionnelle au Tibet (« mont Kailash »).

Quelles sont les différentes utilisations des thangka ou fresque sur toile ?

Cette peinture tibétaine d’Asie appelé tangka tibétain sert le plus souvent de support méditation, l'oeuvre asiatique le thangka présente des dieux aux traits paisibles, une manière ingénieuse pour aider le pratiquant à méditer dans le calme intérieur pour le développement de la vision intuitive. Des traits courroucés de ces mêmes dieux permettent aussi de stimuler les énergies du méditant afin de l’amener à persévérer sur le chemin de l’Eveil, sans laisser de place ni au doute, ni à l’erreur. Ce double trait des dieux supérieurs du tangka permet aussi lors de la méditation d’éloigner les influences négatives pour préserver la pureté des enseignements.

L’autre utilisation de cet objet rituel thangka symbole du bouddhisme tibétain est sa conception en tant que symbole de vénération ; c’est également un support visuel de l'oeuvre asiatique qui permet d’illustrer les récits passés de personnages illustres dans l’histoire (les vies et faits marquants de la vie de Bouddha Gautama, des moines célèbres). 

Il peut aussi servir de calendrier de référence en astrologie, servir de mandala et parfois même de planche anatomique...

Fabrication d’un Tangka tibétain

Tangka tibétain

Les tangkas sont en général de forme rectangulaire présentés verticalement, mais ce support méditation existent aussi en forme carrée. Le support est réalisé à l’aide d’une étoffe re-shi (tissu en lin ou en coton, jute, chanvre et soie) tendue par des cordelettes solides sur un châssis en bois. L’artiste recouvre ce support d’un mélange de gomme arabique kaolin, de chaux (craie) et de colle. Le mélange séché sur le support, il est ensuite poli à la pierre ou à l’aide d’un coquillage afin d’obtenir une surface lisse.
À l’aide d’un fusain, il trace une surface rectangulaire qui constitue l’espace prévu pour le personnage principal, support fondamental de l’œuvre (selon les proportions des textes sacrés comme le Kalachakra Tantra). Il rajoute des lignes d'orientation servant de support à une première esquisse, les traits sont par la suite repassés à l’encre. Les images sont alors peintes :

  • au centre du thangka se trouvent divinités principales et saints
  • les moines d’un rang moins important et les divinités secondaires sont positionnées autour de la figure centrale ou sur les côtés, de dimensions plus petites.

Après vient l’application des pigments pour donner des couleurs à l'esquisse, le peintre attribue différentes couleurs suivant les différentes surfaces de la toile : les tons de base sont le jaune, noir, blanc, rouge et vert. Le peintre réalise un travail sur les ombres. Le travail du visage et des yeux constitue la dernière étape de la fabrication d’un tangka, réalisée après un rituel particulier. Pour peindre la toile, les 4 techniques ancestrales consistaient :

  • à l'étalement de plusieurs couleurs diluées
  • à superposer 2 couleurs diluées
  • à estomper les couleurs
  • à appliquer des couleurs en aplat.

La toile est détachée de son support en bois pour être montée sur une pièce de soie brocardée.
Ce sont des élèves ou des apprentis qui se chargent d’appliquer ces couleurs. Au long du côté du thangka est accroché un bâton de suspension ou pour faciliter son enroulement.

Ces couleurs, minérales ou végétales, sont obtenues par la transformation de matières minérales et végétales dont on retire les pigments (liés à la colle, parfois à la gomme arabique) :

  • du cinabre (rouge vermillon)
  • souffre (jaune)
  • lapis-lazuli (bleu)
  • pétales de fleurs (rose) jade (vert)
  • le doré or provient du broyage de ce minéral pur nettoyé et lavé, mélangé à de la colle d’origine animale à partir de peaux de yaks.

Un lama ou Maître accompli, apte à transmettre l’enseignement est alors appelé à dessiner au dos de la toile un mantra au cours d’une brève cérémonie par laquelle il anime ces syllabes disposées verticalement à des points particuliers fortement spirituels, front, gorge, en les récitant à haute voix. Ces rituels perçus comme des bénédictions animent la divinité pour lui permettre de libérer ses pouvoirs.

Dans la représentation de chaque divinité, l’artisan porte une attention particulière :

  • au nombre de visages et de mains
  • à la couleur choisie
  • sa gestuelle ou mudra
  • sa place dans le mandala
  • son attitude
  • ses attributs et sa monture.


Une autre école recommande de commencer par appliquer les couleurs du fond de la toile, les paysages, les nuages, le ciel. L’artiste peint par la suite la fleur de lotus, symbole traditionnel du support du personnage principal.
Les vêtements et le corps de ce personnage central sont peints, les détails comme les yeux clôturent le travail de peinture au cours d’une cérémonie appelée précisément « l’Ouverture des Yeux ».
Une fois la peinture achevée, la toile est encadrée par des brocarts de couleur dont les proportions sont fixées par des normes strictes.
Du haut du thangka ou support méditation sont laissés tombés 2 rubans de coton rouge, pour permettre à la peinture de rester tendue on accroche aussi 2 baguettes de bois en bas et en haut ornées de pommeaux d’or à leurs extrémités. La pièce e soie est recouverte de tulle. La consécration du tangka marque son achèvement, pour cette ultime étape, une cérémonie complexe est faite suivant des prescriptions des textes sacrés du Kalachakra Tantra et le Samvarodaja Tantra.
Au Tibet, les 2 plus fameuses et principales écoles de peinture de thangka ont hérité des traditions Menri Karma et Karma Gadri.

Tangka tibétain


Divers types de thangkas existent, distincts par les matériaux utilisés (toile, soie brodée, brocart) et la technique. Un Tangka peint est le plus courant, il existe dans cette catégorie :

  • serthang, thangkas dorés avec des lignes dorées sur fond rouge (ou lignes bleues ou rouges sur fond doré)
  • nagthang thangkas noirs constitués de lignes or sur fond noir
  • thangkas de lignée spirituelle représentant une lignée de grands maîtres.

Dans les temps anciens, le tangka était dépourvu de bordures ou avait seulement 2 rectangles de toiles cousus pour faciliter son maniement. 


Patience et extrême précision sont nécessaires pour réaliser un thangka, par ailleurs plusieurs exécutants sont parfois requis pour une même peinture (thangkas complexes ou de grande taille).
Par exemple le petit thangka portatif possède un système facilitant son déroulement et son enroulement au moyen de 2 baguettes passées dans des ourlets ; le thangka géant de plusieurs dizaines de mètres est destiné à être déroulé le long d’un mur ou une pente. Dans la composition des plus importants tangkas, on peut découvrir des pierres précieuses ou de l'or !
Au sein des monastères du Tibet sont exposés de nombreux thangkas peints par des artistes chinois, indiens et népalais comme Newars de la vallée de Kathmandou. Les artistes tibétains, newars et Népalais d’aujourd’hui continuent de perpétuer la tradition comme dans les siècles passés. D’autant plus que la plupart de ces peintres descendent d’une longue lignée de moines bouddhistes ou d’artisans spécialisés en thangkas.


Durant la fête majeure du grand thangka du Bouddha, tous les tangkas géants en brocart ou thongdrels sont exposés à flanc de montagne ou sur des palissades et des murs prévus spécialement à cet effet.