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Devenir bonze en Thaïlande

Vêtus d’une robe safran, tôt le matin ils recueillent de la nourriture en faisant du porte-à-porte… Qui sont-ils ? Ce sont les moines bouddhistes de Thaïlande, les Bonzes. Ces moines Thai vivent au sein des wats ou monastères (32 000 dans le pays) et sont près de 200 000 bonzes permanents destinés principalement à l’enseignement et 100 000 novices. Leur emploi du temps est partagé entre l’étude des écritures, les prières ou la méditation et l’entretien du temple.
les bonzes vont à la rencontre des villageois, femmes et hommes qui déposent respectueusement des sachets de riz gluant et de nourriture dans leurs bols à aumônes

La place du bonze dans la société


Progressant à pas rapide, les bonzes vont à la rencontre des villageois, femmes et hommes qui déposent respectueusement des sachets de riz gluant et de nourriture dans leurs bols à aumônes. Ces bonzes de Thaïlande prononcent ensuite un court mantra. Ce sont là des moines de l’école bouddhique Theravada, souvent rejoints par des moines bonzes Farang (étrangers ou Occidentaux issus du Wat Pah Nanachart ou Temple international de la forêt de la ville d’Ubon fondé par le vénérable Luang Poh Cha en 1975). Pour un Thaï, revêtir la robe safran orange constitue un acte des plus gratifiants à un moment de sa vie.


Dans la vie pratique, les bonzes sont considérés comme détenteurs de savoir et de sagesse auprès desquels les villageois demandent conseil et prodiguent les enseignements malgré l’essor de l’éducation laïque.
Entre autres rôles, les moines bouddhistes sont désignés pour la conduite des cérémonies funéraires, des bénédictions, des sermons ou encore lors de diverses inaugurations.
Le Bouddhisme comme religion joue un rôle central dans la vie communautaire en Thaïlande, le monastère constitue ainsi un refuge pour les personnes recherchant le réconfort.

En Thaïlande, tous les hommes doivent faire une retraite dans un monastère selon la tradition
En Thaïlande, tous les hommes doivent faire une retraite dans un monastère selon la tradition, même pendant juste une courte période de leur vie (initialement, cette expérience durait 3 mois (durant la période dite Phansa, carême bouddhiste) et commençait en juillet à la saison des pluies en Thaïlande). Aujourd’hui, les jeunes font leur retraite monastique à la fin de leurs études, avant le mariage ou de commencer leur nouvelle vie professionnelle (la durée est raccourcie à seulement une ou deux semaines). La soif de connaissance du bouddhisme reste leur motivation première, mais celle d’améliorer leur karma est un argument aussi capital : quoi qu’il en soit, le séjour au monastère est une étape incontournable pour leurs enfants aux yeux des parents !
Dans les temps anciens, les jeunes garçons des familles pauvres étaient envoyés au sein des temples pour devenir bonze et honorer les vertus de leur famille. Jusqu’à présent, les enfants participant à ces processions sont la fierté de leurs parents qui sont ainsi mieux considérés parmi la communauté.


La cérémonie de l’ordination


Les apprentis moines vont vers les monastères pour démarrer leur éducation de la religion bouddhiste et prononcent des vœux dans le cadre de rite initiatique. Ces jeunes garçons revêtus de tenues traditionnelles de moines n’ont le droit de toucher que le sol du temple ou de leur domicile, ils sont portés sur les épaules de leurs aînés.

La cérémonie d’entrée au monastère commence par le rituel de la prise de l’habit.
La cérémonie d’entrée au monastère commence par le rituel de la prise de l’habit. Cette cérémonie de Ngaan Bouatnak à l’issue de cette retraite monastique permet au jeune homme de se remémorer les conditions de la vie du jeune prince Siddharta Gautama. Ainsi le jour de son ordination, le moine novice a le crâne et les sourcils rasés, il est revêtu d’un très beau costume blanc princier avec des ornements dorés.
Il va entamer une procession dans le village et va recevoir un vêtement simple blanc symbole de pureté qu’il va vêtir abandonnant son costume élégant. Le jeune moine novice va passer une nuit entière dans le temple, pendant ce laps de temps des festivités sont organisées dans le village. Au lendemain matin, la cérémonie d’ordination a lieu et le jeune moine débutant reçoit des mains des moines bonzes sa robe safran, signe de son appartenance à la communauté monastique. Il va commencer sa vie de moine. Durant la cérémonie, chaque moine est conduit en grande procession avec un bâton d’encens, une bougie et une fleur à la main. La très ancienne tradition Thot Kathin permet aux bonzes de recevoir des fidèles tous les présents essentiels à leur vie méditative, des objets, mais aussi sur le plan vestimentaire.
Après une cérémonie d’ordination solennelle, religieuse sur fond de liesse populaire, les jeunes moines se retirent dans les monastères.
Il n’y a pas de restriction d’âges pour devenir simple moine Phra novice, mais le jeune homme doit avoir au minium 20 ans pour prétendre au statut de bonze. Le moine est promu lentement à différents statuts avant d’intégrer le Concile suprême du Sangha, corps décisionnel présidé par le patriarche suprême. Pour cela, il devra démontrer un dévouement certain à l'étude spirituelle et au travail social en tant que moine exemplaire pendant plusieurs années,

Il n’y a pas de restriction d’âges pour devenir simple moine Phra novice
Au total, 8 accessoires sont fournis par les soins de sa famille au moine novice lors de son ordination. On cite par exemple son bâton de pèlerin, le bol à aumônes, une ceinture, des chaussures (non obligatoires), une ombrelle et un éventail. Les autres petits outils du quotidien comprennent un rasoir, une aiguille, un cure-dent et du fil ; un filtre pour passer les boissons sert à retenir les impuretés ou autres organismes vivants.


Il faut savoir que l’ordination féminine est peu courante, rares sont les nonnes (elle est même interdite par les lois du pays). Les nones sont contraintes d’observer 311 préceptes.

Comment devenir bonze ?

Parmi les préceptes majeurs, le futur bonze ne doit en aucun cas déroger aux 4 fondamentaux
Devenir moine implique de suivre des règles de conduite strictes, dont 227 préceptes : en effet, un moine ordonné dit-on est une personne comme réincarnée, car sa vie passée n’existe plus, il n’existe plus aucun attachement à cette vie antérieure.
En décident d’effectuer une ordination complète à ses 20 ans, au futur moine bonze sera donc imposé en plus des contraintes alimentaires, d’autres règles notamment ne pas nuire à tous les êtres vivants (tuer ni blesser).
Parmi les préceptes majeurs, le futur bonze ne doit en aucun cas déroger aux 4 fondamentaux :

  • Ne pas tuer
  • Ne pas voler
  • Ne pas avoir d’activité sexuelle
  • Ne pas exagérer ses compétences spirituelles. 

Tous ces préceptes sont rassemblés sous la « Patimokkha » (227, 7 sections) réparties en 8 catégories de fautes :

  • fautes les plus importantes, « Parajika » dont découle la perte du statut de moine
  • fautes punitives « Samghadisesa » nécessitant une réunion pour une purification adéquate
  • fautes sans témoin « Aniyata »
  • « Nissaggiya » constitue une faute moyennant grave dans la conséquence est l’abandon d’un objet mal acquis
  • ensemble des fautes dues à la négligence « Pacittiya »
  • fautes « Patidesanaya » doivent être révélées en publique oralement
  • fautes de conduite ou d’écart « Sekhiya »
  • la dernière catégorie concerne la manière de régler un conflit ou « Adhikaranasamatha ». Ne pas accuser autrui. 

Aucune femme n’a le droit de toucher les moines et pour éviter tout malheur
Le moine doit par conséquent observer une volonté de renonciation aux désirs et à toute possession terrestre. Devenir bonze suivant la règle monastique en vigueur veut dire être célibat. Le bonze ne doit en aucun cas exprimer une volonté de richesse de nature quelle que soit exceptée celle de l’âme et dans sa vie pratique avoir une attitude et un comportement de non-violence.
Parmi ces nombreux préceptes, le moine doit prêter une attention particulière à ses relations avec les personnes du sexe opposé. Aucune femme n’a le droit de toucher les moines et pour éviter tout malheur, il est interdit qu’une femme demeure seule dans une pièce avec un moine. Un lambeau de tissu est destiné à recevoir les offrandes d’une femme pour le moine : l’objet pris par un médium sera déposé par-dessus le tissu posé au sol (ou sur une table) avant d’être analysé par le moine lui-même.

l’objet pris par un médium sera déposé par-dessus le tissu posé au sol (ou sur une table) avant d’être analysé par le moine lui-même.
Historiquement, Bouddha commença à réprimander les fautes une fois qu’il est parvenu à la libération : il établit une liste des interdictions et restrictions en fonction de la gravité des fautes. En observant cette liste de 227 préceptes, tout moine s’assure de ne pas être affecté par de gros problèmes et par cette voie garantir sa prochaine existence loin du monde de la souffrance.

D’autres règles s’imposent, au niveau du confort et des possessions autorisées (notamment d’argent, car aucun bonze ne peut gagner d’argent).
Le tatouage de signes cabalistiques ou de syllabes sacrées est autorisé, exclusivement sur le crâne ou sur le haut du corps.

Sur le plan social, l’ordination d’un jeune (souvent issu d’un milieu défavorisé) lui permet de bénéficier d’un enseignement adéquat, de lui inculquer des valeurs morales et psychologiques, de lui attribuer des notions de bien-être et de savoir-vivre dans la dignité, avec un sentiment d’appartenance. C’est un formidable tremplin qui lui est présenté pour aborder ses études et construire des amitiés très fortes.

Dans la peau d’un Bonze en Thaïlande…

c’est assis en Lotus que tous les moines pratiquent cet exercice de la « vipassana »


Tôt le matin, vers 4 h ou 5h, le gong du temple retentit et c’est à coup de chants en cœur que se réveillent tous les moines, novices et bonzes. Des chants variés chaque jour et commandités par le moine le plus expérimenté du clergé. Place à la méditation : c’est assis en Lotus que tous les moines pratiquent cet exercice de la « vipassana » en vue de se concentrer sur sa respiration et à évacuer toutes les pensées (pratique capitale du courant du bouddhisme des Anciens Theravada). Le bonze est invité à observer le moment présent, de prendre conscience de ses sens, de son corps et de son esprit. Seul le moment présent compte, une observation neutre et toujours bienveillante pour atteindre une totale liberté de pensée.
La pratique de la méditation permet d’arriver à une totale purification de l’esprit selon toujours les recommandations de la vie monastique bouddhiste. Elle va permettre de chasser toutes les pensées dans l’objectif d’atteindre un état de détachement extrême du monde, les prémices de l’état d’Éveil. Obtenir des mérites (subvenir aux besoins du monastère et de son clergé, offrir des robes aux moines, participer à la construction de temples, être en harmonie avec la création…) est au cœur de la conception bouddhiste. Tous les Thaïlandais expriment envers ces bonzes un respect qu’ils se doivent à leur tour de mériter dans le dessein de révéler un monde de plénitude.
À 5h 30 ou 6h moins le quart, c’est l’heure de la procession méditative, la collecte de la nourriture au quotidien auprès des fidèles. Pieds nus avec un bol à aumônes entre les mains, les moines pratiquent ce qu’on appelle la méditation en marche. Dans cette autre version de la méditation, le moine a conscience des mouvements de ses pieds avec le contact au sol, mais toujours dans cette phase de plénitude. C’est le silence de la nuit qui règne en maitre, personne ne s’adresse la parole, concentré dans sa méditation.
Fait étonnant, aucun bonze n’adresse de remerciement ni même de salutations à ses « bienfaiteurs ». En Thaïlande comme partout dans les pays de l’Asie pratiquant le Theravada, cela s’explique par la thèse des mérites : toute bonne action améliore son karma et permet au fidèle d’échapper au samsara, la renaissance des cycles de la souffrance. En somme, faire des dons c’est à terme atteindre le Nirvâna.
Moines bonzes et novices marchent entre une heure à une heure et demie parfois sur des chemins graveleux. À la saison des pluies, le clergé leur interdit d’emporter des parapluies pendant la collecte de nourriture. Les novices attendent les nuits de pleine lune, moments où fidèles sont très nombreux à venir donner de la nourriture particulièrement des friandises comme des sucreries (pour varier du régime de riz gluant.
Au retour de cette longue marche méditative vers 7 h, les moines s’attablent toujours dans une atmosphère méditative silencieuse. Le repas sert uniquement à combler les besoins de la chair. À 11 h on sert le repas suivant qui sera le dernier avant le lendemain matin.
Puis s’enchainent des séances de méditation, de prières et de travail social.

En Thaïlande comme partout dans les pays de l’Asie, le Theravada est pratiqué par le moines.