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L’histoire du bouddhisme en Chine

L’histoire du bouddhisme en Chine commence au Ier siècle avec deux principales légendes, le rêve de l’empereur Ming de la dynastie Han, la seconde plus rationnelle se base sur la mission diplomatique de Zhang Qian favorisant les échanges avec l’Asie centrale.


L’introduction du bouddhisme en Chine, la grande question religieuse énigmatique en Extrême-Orient trouve sa réponse dans l’histoire de cette religion d’Inde pourtant très éloignée des concepts de l’esprit chinois (Confucianisme et Taoïsme).

La thèse sur les missionnaires et marchands d’Asie centrale


Missionnaires et marchands d'Asie centrale et d’Inde arrivèrent en Chine grâce à l’ouverture de la Route de la soie entre 138 et 126 av. J. –C, l’évènement décisif qui déclencha l’introduction du bouddhisme dans la plaine du fleuve Jaune. Des envoyés Yuezhi bouddhistes arrivèrent dans la capitale en -2 et allèrent alors former un élève.

La thèse sur le rêve de l’empereur Mingdi

le rêve de Mingdi origine du bouddhisme en Chine ?
Le Livre des Han postérieurs, premier témoignage historique sur la présence du bouddhisme en Chine, mentionne le rêve de Mingdi dans lequel se trouvait un homme doré à la tête auréolée, interprétée par son conseiller Zhong Hu comme étant le Bouddha, le dieu occidental. L’empereur fit envoyer à Tianzhu, au nord-ouest de l’Inde une expédition de 18 membres pour rapporter des effigies de ce dieu. Ils rapportèrent en l’an 67 de leur voyage des statues de Bouddha et quarante-deux citations bouddhiques (le Sûtra, premier texte bouddhique parvenu en Chine). Une version officielle de l’introduction du bouddhisme en Chine, dans la capitale Lo-yang en 61 ou en 64 existe, une ambassade envoyée chez les Grands Yue-che dépêchée par Mingdi suite à son mystérieux rêve sur Bouddha.

le Bouddha, le dieu occidental ?

Des débuts difficiles 


À l'époque des Royaumes Combattants, le continent avait traversé une crise religieuse très forte quelques siècles avant l’introduction du bouddhisme. La religion agraire antique peu à peu dégradée lors de la transformation de la société antique était devenue vulnérable. Elle assurait exclusivement bien-être et paix aux territoires seigneuriaux et elle fut modelée par le milieu des Lettrés prônant la doctrine athéiste du Confucianisme (basée sur le système des Cinq Éléments, le système des Trois Pouvoirs régissant la marche du monde et du yin et du yang).

La création céleste est une production continue du Ciel (qui produit et recouvre) et de la Terre (nourrit et porte)
Selon ce courant de la Chine des premiers siècles, une hiérarchie des forces dirige le monde et non des dieux personnels. La création céleste n’est qu’autre qu’une production continue du ciel, (celui qui produit et recouvre) et de l’autre de la terre qui nourrit et porte. Ce sont là les deux pouvoirs plus hauts pouvoirs. L’Homme est le 3ème pouvoir.

Quant au Yin et Yan, la création céleste se fait en deux temps alternés indéfiniment avec un temps de repos et un autre temps d'activité, une alternance qui régit tout et agissant par les 5 Éléments, terre, eau, bois, feu, métal. Les caractéristiques de la nouvelle religion était en total désaccord avec l’idéal moral et social façonné par le confucianisme.


Religion du salut de chaque individu, le Taoïsme constituait le modèle social parfait pour la population en manque de repères. Taoïsme et Bouddhisme se confondirent au début, le bouddhisme fut considéré comme une de ses formes. Les taoïstes organisés en religion instituée présentèrent alors la nouvelle religion comme une forme exotique néanmoins valable de leur propre foi. Par confusion de ces 2 influences, le bouddhisme pénètre en Chine. Les moines bouddhistes profitèrent de ce rapprochement, utilisèrent un vocabulaire taoïste dans leurs premiers textes.
Par ailleurs, la légende taôiste du Lao Zi partit vers l’ouest à la fin de sa vie prétendant qu’il était Bouddha servi de propagande à l’introduction du Bouddhisme.

L’empereur Mingdi premier souverain converti officiellement, ordonna en 68 la fondation du Temple du Cheval blanc. On raconte que la bête portant les Soutras s’arrêta net à l’emplacement du futur temple. À partir du IVème siècle émergent les royaumes des dynasties du nord dirigés par des non-Hans moins attachés au confucianisme ou au taoïsme : les moines y voient une brèche et deviennent les conseillers et magiciens des souverains alors considérés comme des bodhisattvas. Le premier à faire du bouddhisme une religion d’État est le royaume des Wei du Nord (386-534).


Vers la fin du IIème siècle, le bouddhisme compte une importante communauté au Péngchéng dans le Jiangsu, commençant à s’étendre fortement au nord de la rivière Huai et faisant des adeptes parmi la noblesse (frère de Mingdi le prince Liu Ying premier bouddhiste chinois éminent). La première représentation chinoise de bouddha provenant d’une sépulture Han du Sichuan portant l’influence du style du Gandhara fut produite. Elle provenait d’une tombe Han du Sichuan dans laquelle on reconnait l’influence du style du Gandhara. Le souverain Wu des Liang du Sud (502-549) fut un ardent promoteur prouvant ainsi que Confucianisme Taoïsme et Bouddhisme se mélangeaient déjà dans ces familles aristocratiques.

la première statue chinoise de bouddha provenant d’une tombe Han du Sichuan

Mahayana et Theravada


En Chine, le bouddhisme se diffusa par l'effet d'une vision nouvelle de l’Univers et du salut, pacifique, au lieu de conquêtes militaires et politiques. C’est une expansion progressive discrète dans la mesure où la conversion se fait de proche en proche, avec toutefois une dimension de révolution religieuse.
À part des conceptions cosmologiques et philosophiques de l'Inde, les missionnaires apportent des idées inédites avec l'institution d'un clergé séparé de la société. Dans le bouddhisme, les moines font vœu de pauvreté et de chasteté à titre individuel, se plient aux modes nouveaux de dévotion avec des statues consacrées (la pratique locale se bornant aux vases en bronze, des figurants humains ou des représentations abstraites). .
La thèse fondamentale du Grand Véhicule, on retiendra ces formules : tout homme est en déjà en réalité à l’état de Bouddha accompli parfaitement, mais il ne sait pas par ignorance créant ainsi à lui-même les mauvaises conditions du monde sensible, de la pure illusion, que l’’état de Bouddha détruit en se réalisant. Les missionnaires tentèrent de convertir les esprits de leurs auditeurs et de leur inculquer ces notions principales.
Deux moyens permettent d’y accéder :

  • selon le Lotus de la Bonne Loi qui prêche une confiance complète en la parole du Bouddha
  • par la méditation selon l'école du Dhyâna.

Celui qui parviendra aux Domaines de la Méditation des Bodhisattvas de degré en degré sera capable de sauver d’autres êtres vivants et les délivrer et deviendra à son tour Bouddha parmi les innombrables mondes de Bouddha qui emplissent l'univers. 

L’essor du bouddhisme chinois


Dès le IIème siècle l’existence des premiers sanctuaires bouddhistes est confirmée et le développement de l'institution bouddhique s'accélère au fil du IVème siècle pour atteindre son apogée vers le Vème et VIème siècles. Dans une Chine divisée entre États concurrents, le bouddhisme devient une puissance laïque considérable du fait du soutien actif de la plupart des régimes. Des biens importants, de l'argent pour construire des temples, des statues monumentales en matériaux précieux, des ornements, des terres devenues monastiques exemptées d'impôts et serfs en grand nombre sont donnés au clergé bouddhiste par les empereurs et la noblesse.
Dans l'art chinois du moyen-Âge, les réalisations bouddhiques sont considérables. Les monastères servent de greniers, de banques de prêt, responsables de la gestion de toutes sortes de commerces et de services : c’est l’institution religieuse la plus riche et la mieux organisée de toute la Chine.

le bouddhisme devient une puissance laïque considérable du fait du soutien actif de la plupart des régimes.

Le début de polémique en 845

C’est à cette date que le bouddhisme souffre de nombreuses réactions hostiles pour quelques raisons :

  • le clergé monastique exempt d'impôt ne participant pas à une activité productive, soupçonnée d'insoumission à l'État
  • rejet des théories bouddhiques sur la réincarnation et le salut conçu comme l’extinction ou Nirvana
  • rejet des moines et moniales séparés de leur famille
  • gâchis des ressources pour la construction de luxueux monastères et de statues.


Bouddhisme, Taoïsme, Confucianisme sont les 3 religions instituées officiellement après 845.


Les différents courants du bouddhisme en Chine


C’est sous la période Tang qu’arrive à maturité le bouddhisme chinois, marquant son indépendance vis-à-vis de ses sources indiennes : les bouddhistes chinois ayant assimilé dès lors l'héritage textuel reçu en traduction créent des théories selon le niveau de compréhension de leur auditoire et les différents niveaux de l'enseignement du Bouddha, aboutissant à l’avènement d’écoles de pensée bouddhique spécifiquement chinoises.
Deux courants se forment, le Tiantai et le Huayan. Ces deux écoles prônent que la nature de Bouddha est bien présente en chacun, le salut et l'éveil sont possibles. L’autre école Chan insiste cependant sur la pratique de la méditation, l'attitude détachée de l'esprit en toute occasion. Ce courant institue le culte du maître et la transmission de l'expérience spirituelle au travers de lignées patriarcales tandis que les écoles Huayan et Tiantai privilégient l'exégèse.
Dévotion au bouddha Amithaba, voici ce qui caractérise l’un autre courant fondamental du bouddhisme chinois : la Terre Pure. Ce bouddha a fait le vœu d'accueillir dans son paradis tous ceux qui l'invoquent. Bien que différents, tous ces courants de pensée ne renvoient pas à des ordres séparés : ils n'ont pas réellement d'existence en tant qu'institution comme c’est le cas au Japon. En Chine, les moines n'appartiennent pas à l'une ou l'autre de ces branches et sont libres de prendre résidence et étudier dans le monastère de leur choix. Les moines de toutes ces écoles bouddhiques partagent la même liturgie, sont ordonnés ensemble.


L’importance du Bouddhisme chinois

Depuis l’ère Song jusqu'au XXème siècle, 2 types d'institutions bouddhiques existent :

  • les monastères œcuméniques publics avec un abbé désigné par la communauté des moines. Ils accueillent gratuitement tous les moines ordonnés
  • les temples ou ermitages privés héréditaires régis par la transmission de maître à disciple. 


Dans la société chinoise, le rôle du bouddhisme se trouve à 3 niveaux distincts : l'institution monastique, la diffusion des valeurs et des idées bouddhiques et l’implication des religieux dans la société.
En Chine, la communauté bouddhique entière peut disposer des monastères (en nombre restreint dans le pays, mais avec les sites les plus importants et prestigieux) pour en faire des lieux d’études, de formation, de méditation ou d'ordination de jeunes moines. Ces grands monastères « publics » sont généralement fermés sur eux-mêmes.
Les temples sont des lieux qui font partie de la vie sociale des villageois et les membres du clergé offrent leurs services aux habitants (rituels funéraires, animation de culte). Ces religieux représentent la très grande majorité du clergé bouddhiste en Chine, les temples appartiennent à une lignée religieuse ou à des laïcs dont la gestion leur est confiée.

Le bouddhisme va s’intégrer lentement d’abord puis progressivement à la religion chinoise en diffusant dans la société beaucoup d'éléments de foi et de pratique : la réincarnation (à l'origine déjà décrit par le taoïsme), le végétarisme, le respect et la non-violence envers les animaux… De nouvelles pratiques et des doctrines voient le jour grâce aux courants par des groupes laïques de type sectaire, indépendants de l'institution monastique. Au XXIème siècle, la foi et la pratique de la tradition bouddhiste sont encore bien ancrées dans la société chinoise. Le véritable changement aujourd’hui, c’est que cette pratique et cette foi passent d’un ordre monastique préétabli à des formes d'organisation sociales nouvelles.