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Les différents styles de statue bouddha en Thaïlande

Huit grands styles de statue Bouddha se sont succédés dans l’histoire de la Thaïlande et celle conjointement du bouddhisme dans cette partie de l’Asie du sud-est.


Styles de statue bouddha : le style Dvaravati du VIème au IXème siècle

Statue de Bouddha style Dvaravati

L’Empire Dvaravati est selon sans doute la source du bouddhisme en Thaïlande. Cette civilisation se développa dans le centre du pays (baie de Bangkok et plaine centrale) jusqu’au sud de la Birmanie. Le peuple Môn constitue la grande partie de cette civilisation, premier peuple bouddhique de la péninsule indochinoise converti au bouddhisme Theravada par des missionnaires venu d’Inde. 

Les sculptures religieuses, les Stupas rectangulaires en briques avec une partie centrale hémisphérique et pinacle annelé, ainsi que d’autres sculptures en pierre, terre cuite, bronze et stuc faisaient partie du génie architectural de cette cité perdue.
Outre mesure, ce style était influencé par le style Gulpta (IVème et VIIIème siècle, véritable âge d’or de la statuaire bouddhiste) de l’Inde centrale et occidentale, dont le moulage en terre cuite ou en stuc pour représenter les images de Bouddha à plusieurs répétions.
Visage avec une impression de lourdeur, lèvres bien charnues, nez fort, yeux mi-clos arrondis, ligne de sourcils relevée et grosses boucles de chevelure en spirale surmontée de l’Ushnisha cylindrique : voici le style du Bouddha classique de l’ère Dvaravati :
Le Bouddha adoptant la Vitarka-Mudra (geste de l’enseignement et de l’argumentation) en position debout et frontale, index replié le long du pouce.
Une autre représentation assise de la statue de Bouddha dans ce style est celle en position assise avec les jambes pendantes
statues de Bouddha avec une triple courbure « tribhanga » inspiré du style Gupta. Manteau très proche du corps, couvrant les deux épaules.
Une autre symbolique forte de l’ère Dvaravati dans la représentation de Bouddha et son enseignement la roue du Dharma, vraisemblablement surmontant les piliers et décorée de motifs floraux et de gazelles (l’épisode de l’exposé de Bouddha au Parc des Gazelles après l’Eveil). « La roue de la Loi » originaire de l’Inde depuis le IIIème siècle av. J. –C est ainsi un témoignage de l'art Dvaravati avec cette autre particularité d’avoir dans le moyeu de petites sculptures (Bouddha et 2 disciples chevauchant un volatile mystique).
Avant le déclin du royaume Dvaravati, le peuple thaï s’installe au nord de la Thaïlande vers le XIIIème siècle contraint par l’invasion des Mongols de Chine. La population mône locale du nord convertit ces nouveaux arrivants avec un art focalisé sur la personne du Bouddha et ses quatre thèmes phares de l’art Pala :

  • le Parinirvana
  • le miracle de Sravasti
  • la descente du ciel des 33 dieux
  • la soumission de l’éléphant furieux.

 

Le style Srivijaya : VIIIème et XIIIème siècle

L’influence Khmère est importante dans ce second courant de la représentation de la statue de Bouddha en Thaïlande. Cette période correspond à la colonisation indonésienne avec un rayonnement qui s’étendit de l’île de Sumatra au sud de la Thaïlande (Si Thammarat). Les monuments d’inspiration hindouiste partagent les mêmes styles architecturaux que ceux de Java à Borobudur : sculptures et bas-reliefs avec les images de Vishnou et le Bodhisattva Avalokitesvara.

Avec le style hindouiste Srivijaya influent en Thaïlande continentale, les représentations des statues de Bodhisattvas (particulièrement Avalokitesvara) prédominent sur celles de Bouddha, une importance tant au niveau de la grandeur que par leur nombre et la qualité des traits.

Bouddha est très peu représenté debout, il est toujours représenté assis les jambes croisées et ses plantes de pieds apparentes, torse incliné en arrière. Le nez arqué et les sourcils marqués, il est coiffé d’un Naga, son Ushnisha est plus développé par rapport au précédent courant. Il adopte la position Vajrasana mudra ou celle du Dharmashakra mudra (geste de l'enseignement). Ces statues sont pour la plupart en pierre ou en bronze, de grande ou de taille moyenne.

Styles de statue bouddha  : style LopBuri du VIIème et XIIIème siècle 

Bouddha style LopBuri

Les Khmères firent de Lopburi leur capitale au VIIème siècle et introduisirent trois grands styles dérivés des temples cambodgiens Baphuon, Angkor Vat et Bayon. Sur le plan architectural, cette période est marquée par des temples en pierre avec des décors représentant des scènes religieuses du bouddhisme Mahayana et du brahmanisme.
Comme dans le courant Srivijaya, l’influence de l’hindouisme Khmer (Vishnu, Brahma) est très présente mais aussi celle du bouddhisme Mahayana. Le style LopBuri présente des statuaires de bouddha et de Boddhisattvas en alliage de bronze et d’argent (Bouddha debout en Vitarka mudra, assis en méditation, Bodhisattva Avalokitesvara et Maitreya). Entre le XIème et le XIIème siècle, la statue de Bouddha en pierre est remarquable par une douceur et une sérénité, celle en bronze debout parée de bijoux comme des colliers et des bracelets (en mouvement Abaya Mudra ou absence de crainte). L’Ushnisha protubérance crânienne conique, coiffe Nagga, visage hiératique carré, yeux quasi clos et sourcils liés en ligne droite sont les caractéristiques de la statue du Bouddha LopBuri.


 

Style Sukkothai entre le XIIIème et le XVème siècle

Statue Bouddha Sukkothai

Fondée au XIIIème siècle et étant considérée comme la capitale du premier royaume Siam, Sukkothai marque d’abord la fin de la domination Khmère avec l’avènement d’une civilisation tributaire de nombreuses influences locales. Cette ancienne capitale du Siam abrita de nombreux temples bouddhiste et des monastères en brique et latérite.
Si le style Sukkothai est le plus souvent cité comme la naissance de l’art proprement Thai, durant un siècle (fin du XIIIème siècle et début du XIVème siècle) cependant, aucun caractère propre à ce style n’est vraiment percutant (Bouddhas Maravijaya en stuc) :

  • corps avec de larges épaules modelées
  • visages apparentés aux autres bouddhas des anciennes civilisations
  • vêtement monastique avec un bord antérieur largement replié sur le coté gauche de la poitrine.

C’est au début du XIVème siècle que le style se démarque vraiment. L’anatomie de Bouddha spiritualisée très stylisée évoque un début de déité. Cette iconographie est influencée par la tradition de Ceylan (Sri-Lanka). Ayant été rayé de l’Inde par les conquêtes musulmanes, le bouddhisme aura conservé sa la foi bouddhique la plus pure au Sri Lanka, digne d’être copié.
L'influence singhalaise du début du XIVème siècle définit alors véritablement l'image du Bouddha caractéristique du style Sukhothai. Tout est fait pour mettre en valeur les marques du Grand Homme Laksana, monarque universel :

  • le trait le plus frappant est l’Usnisa de flamme, un signe qui évoque le caractère lumineux et pur du Bouddha
  • visage fin ovale parfait, nez élancé en bec de perroquet, physionomie souriante
  • boucles de cheveux petites
  • corps svelte idéalisé signalant la jeunesse éternelle, épaules larges en trompe d’éléphant descendant jusqu’aux genoux ; doigts fins très allongés et palmés
  • pan descendant jusqu’au nombril avec une partie plissée
  • liseré bien dessiné double, rebord supérieur de la robe plissé
  • Bouddha est représenté assis (les plus nombreux) dans la position Dhyana Mudra, Bhumiparsa mudra sur un socle de fleur de lotus
  • debout en acte Abhaya mudra ou geste d’absence de crainte (la paume des mains tournées devant lui)
  • couché Parinibbana 
  • marchant, très populaire et originale de l’art de Sukhothaï.

Style U-Thong XIIème et XVème siècle 

Statue Bouddha style U-thong

L’art U-Thong se développe parallélement à la même époque que les styles Sukhothai et Lan Na le long de la Chao Praya. Les statues du Bouddha sont en grès, en bronze et en stuc.
Ce style du U-Thong est influencé par la civilisation Thaï, Khmère et Môn : Bouddha est seul représenté, pas de Boddhisatva. La statue de Bouddha repose sur un socle avec une base concave non décorée.
Des petites boucles de cheveux et un Ushnisha surmontent un visage oblong de forme rectangulaire, le front avec un bandeau. Nez et bouche larges, lèvres marquées d’une double ligne. Ses épaules sont hautes.
Quant au pan, il s’arrête juste au-dessus du nombril en ligne simple droite ou en accolade.

L’ère Lan Na : XIIIème – XVIIIème siècle

Apparu en Thaïlande du nord au XIIIème siècle, ce style Lan Na ou « Chiang Saen » est influencé par les 3 styles : le premier Dvaravati, Sukhothai et le style de Birmanie.
Le style architectural s’identifie par des bâtiments travaillés fins et élancés, toitures à deux ou trois étages, porches décorés de Nagas (serpents). Les plus anciens bâtiments de cette ère reposaient sur des bases carrées, puis de formes hexagonales. Les matériaux d’ornement étaient le plus souvent le stuc, cuivre et même parfois de l’or. L’un des plus beaux temples de Thaïlande, joyau de l’architecture Lan Na, est le temple bouddhiste Wat Phra That Lampang Luang : porte au linteau ouvragé, rampes en Nagas, toits triple en tuiles rouge et en bois soutenus par des piliers en teck, peintures murales décoratives et imposant autel doré renfermant une Statue de Bouddha de ce courant.
Les matériaux de construction, influencé par le premier style Dvaravati, périssables, constituaient bois et pierre badigeonnés de chaux blanche hérité de l’influence birmane. Chiang Mai abrite 300 temples bouddhistes et fut jadis la capitale de Lan Na.
Le style Chiang Saen se fond avec la fondation du royaume Lan Na au début du XIIIème siècle, les représentations de Bouddha sont classées en deux groupes :

  • Statue du Bouddha inspirée de la tradition Dvaravati et Pala indien
  • Représentation de Bouddha inspirée de Sukhothai

Dans la première catégorie de la statuaire du Bouddha, la protubérance du crâne ressemble à un bouton de lotus et les boucles de cheveux sont larges. Visage rond avec un menton proéminent avec toujours cette allure souriante et rassurante. Le corps est massif avec une poitrine bien développée. Ses vêtements, notamment le Pan s’arrête juste au-dessus du sein gauche.
Bouddha est le plus souvent assis sur un socle piédestal de pétales de fleurs de lotus, en position debout.
Les statues de Bouddha de la seconde ère du royaume Lan Na (XVème et XVIIIème siècles) s’inspirent quant à elles des influences de Sukhothai, avec une forme de visage ovale, un chignon Ushnisa surmontée d'une longue flamme ou « rasmi » des boucles de cheveux plus petites. Au niveau du corps, il est toujours massif mais c’est son pan qui descend jusqu’au nombril. Pour cette seconde période, les artistes ouvragent principalement avec le métal précieux ou semi précieux, parfois même le cristal.

Le style Ayuthaya : XVème et XVIIIème siècles