Artisanat et antiquités d'Asie
Tel: 01-85-54-01-34 Pièces visibles sur Paris sur rendez-vous.
Panier

Les Nats birmans

Le terme Nat désigne « Esprit » et n’existe qu’en terre birmane. Le Nat birman désigne donc une déité, un mot qui dérive du sanskrit pali « naqha » pour maître, gardien ou seigneur…

Dans la tradition birmane, le mot Nat ne se cantonne pas simplement au mot Esprit. Il s’agit d’un univers plus large d’origine ancestrale qui renvoie au culte des Génies (le Nat birman ), gardiens du peuple et de leur foyer, du royaume et de la dynastie royale.

Le culte des Nat préexiste à la tradition bouddhiste, l’ensemble de la population birmane vénérait alors les esprits protecteurs de la Nature (montagne, cours d’eau, forêt, rivière, riz…). Ces Esprits protègent ceux qui les honorent, mais affligent des sanctions à ceux qui les transgressent.

Statues asiatiques : Nat birmans

Histoire des Nats birmans

Le culte des Nat à Bagan remonte à l’an 300 sous le roi Thinlikyaung (344 – 387). Selon les légendes, le roi aurait sauvé un frère et une sœur réfugiés dans un arbre piégé dans le fleuve Irrawaddy. De cet arbre les artisans sculptèrent deux statues en bois installées au sommet du mont Popa. Les esprits sont des opposants au roi, des personnes ayant connu une mort brutale et dont l’histoire est liée au site de Bagan. En mémoire de ces âmes tourmentées, les rois firent construire des sanctuaires où sont déposées des offrandes (fleurs ou nourritures). Les Nat sont des personnes légendaires ou historiques avec un don exceptionnel. Menacé par ce pouvoir surnaturel, le roi les fit exécuter et par crainte du pouvoir de leur âme, celui-ci autorisa la population à leur rendre un culte. Ce culte se déroule à l’ombre d’un arbre, à l’autel de chaque foyer (Nat sin) ou celui du village et plus tard dans une pagode.

La nat oun - noix de coco – entourée d’encens et habillée d’un gangbaung est pendue au pilier central de la maison, une offrande au Seigneur de La Grande Montagne.

L’installation du Bouddhisme à Pagan avec le soutien de la cour n’a pu évincer la pratique ancestrale des Nat. Néanmoins rangés sous 37 Nats, Anawratha autorise de perpétuer la pratique dans un petit temple de la pagode Swezigon.

Suivant la chronique de la Birmanie, le premier roi de Bagan (capitale) Anawratha, alors converti au bouddhisme, fut contraint de faire cohabiter dans son royaume les 2 cultes : celle des Nat et celle du bouddhisme. Le roi fit construire des monuments en l’honneur du Bouddha duquel il reçut les Saintes Écritures rapportées à dos de 32 éléphants blancs. Anawratha décréta la première liste officielle de 37 Nat, constituée de membres d’anciennes familles royales de Birmanie, de nat d’origine thaï et shan (Yun Bayin et Maung Po Tu).

Il conserva donc 36 Grands Esprits sous la tutelle d’un 37 ème Nat birman chargé de les garder sous l’autorité de Bouddha et apporta des modifications dans la tradition. Selon la théogonie bouddhique des Birmans, les Nats sont à l’origine une classe d’être supérieur au commun des mortels ayant connu une mort violente ou « sein-thei ». Les 37 Nat sont d’anciennes divinités hindoues, des esprits tourmentés et errants de princesses et de princes de l’ancienne Birmanie.

Au sein du culte des Génies existe 3 grandes catégories d’Esprits sont vénérés :

  • les Nat de la nature
  • les Nat des Ancêtres (royaux et locaux)
  • les Nat de divinités indiennes « birmanisées ».

Du corps du Nat birman s’échappe des rayons brillants de lumière. Le corps à demi-spiritualisé parcours les airs avec une vitesse extraordinaire. Suivant la coutume, celui qui fait des offrandes en abondance au Nat est promis à la nature des nat.

Les Nat sont partagés entre ceux habitant dans les 6 cieux inférieurs au sommet du mont Mérou, montagne cosmogonique soutenant le ciel, la terre et les enfers.

Les Nat habitant les 3 premiers cieux obéissent à l’influence de la convoitise charnelle, alors que les Nats du 4 ème ciel sont satisfaits par un simple attouchement. Les Nat de la cinquième demeure se réjouissent par la simple vue et ceux du dernier ciel demeurent en permanence heureux au degré suprême par leur réunion. En termes de durée de vie, dans la première demeure du Nat est de 9 millions d’années. Ce chiffre est multiplié par 4 correspondant à la durée de vie pour chaque demeure successive, ce qui donne dans la plus haute demeure des Nat 9 milliards, 2 cent 16 millions d’années.

Le culte des génies ou les Nat pwé

Précédant l’introduction du bouddhisme et de ses pratiques, le culte des Nats birmans  a cependant été fondu dans le bouddhisme. Les Nats birmans  et le Bouddha sont associés, bien que ce dernier prédomine. Cette fusion donne naissance à une religion dans laquelle Bouddha est le plus grand des Nat qui ont par ailleurs veillé sur sa naissance (théogonie bouddhique). Le mont Popa, volcan éteint abritant en son sommet des temples conservant des reliques, est le plus important lieu de pèlerinage.

Culte des Nat birmans

Le Nat birman a le pouvoir d’accomplir de nombreux souhaits ou a contrario à faire tomber le malheur sur l’homme et ses biens. On distingue ainsi les bons et les mauvais nat. Les bons Nat accordent à ceux qui les invoquent des avantages temporels, richesses, rang supérieur, plaisir… Les seconds Nat n’habitant pas dans les 6 demeures errent sur la terre dans une condition pitoyable. C’est de ces Nats méchants et persécuteurs que les Birmans affichent une plus grande crainte et leur font de ce fait sans cesse des offrandes pour les apaiser. Néanmoins les Birmans font également pareilles offrandes pour s’attirer les bonnes grâces des Nat bons. En général, les Birmans sont plus dévoués dans le culte rendu aux Nat que celui des dieux.

Une cérémonie aux Nat Nat Pwé est onéreuse, elle fait appel à l’action d’un médium Nat kadaw arrivant avec son orchestre et sa troupe. Le nat, habillé en danseur, se saisit du médium, le « chevauche » et parle par sa bouche. Les Nat kadaw dansent et incarnent les esprits des Nat en entrant dans une phase de transe. L’effet du Nat pwé est amplifié par la musique interprétée par l’orchestre Saing waing.

Ce culte perdure encore de nos jours… Les Birmans ayant gardé ce culte des Nat avec une cohabitation étrange avec le bouddhisme. Le culte des Nat birman est régi par des règles précises qui coordonnent le juste équilibre de leur quotidien (santé, affaire, récolte…). La Fête des Génies est célébrée au mois d’avril sur le mont Popa, résidence de tous les Nat birman . Outre le Mont Popa, Amarapura, Pakhan et Taungbyone accueillent ces festivités se déroulant sur une dizaine de jours à des dates en lien avec le calendrier lunaire.

Les personnages

37 Sasana Nat birman (gardiens de la religion) sont groupés au panthéon bouddhique :

Thag Yamin est le roi des Nat inférieurs, équivalent d’Indra (mythologie hindoue), debout sur un éléphant à 3 têtes. Il tient d’une main une coque et de l’autre un chasse-mouche en queue de yak.

Le Seigneur de la Grande Montagne (Min Mahagiri ou Min Mara) est le premier à avoir été vénéré, protecteur du foyer. Il est représente avec une noix de coco brûlée avec une étoffe de soie rouge, attachée à un frangipanier. Forgeron à Tagaung, Min Mahagiriri avait une force extrême jalousée par le roi. Le roi lui tendit un piège en épousant sa sœur Shwe Myethana qui fit savoir au forgeron qu’elle désirait le voir. Une fois les murs de la cité franchie, le forgeron fut prisonnier et attaché à un frangipanier. Les soldats du roi mirent le feu à l’arbre. La sœur aînée, Shwe Myethana princesse au visage doré, s’immola dans les flammes par la tragédie de la mort de son frère. Le roi de Tagaung coupa l’arbre et le jetta dans l’Irrawaddy. Avec sa sœur Madame Face d’Or, ils sont les 2 principaux Nat des Nat pwé.

La dame aux flancs dorés mourut d’une crise cardiaque causée par l’abandon de son mari (Shwe Na Tray).

Thone Ben Hla est encore une autre dame morte de désespoir : cette dame « Trois fois belle » fut donnée en mariage au roi de Dnataung Pyay. Jalouse, la reine fit valoir que cette reine trop grande ne passerait jamais les portes de la ville.

Shin Min Ne, petite dame à la flûte.

Min Mahagiri eut 2 fils, Shin Nyo appelé seigneur brun du Sud et Shin Phyu seigneur blanc du Nord.

Le seigneur du parasol blanc Hti byu- Saung et sa mère royale, frappée par la maladie.

Le seigneur unique de Pareim-ma Shin Ming Aung fit touché par la flèche d’un autre chasseur lors d’une chasse. Il le confondit avec un cerf.

L'aîné de l'or inférieur Shwe Phyin Gyi et Shwe Phyin galay, le benjamin de l'or inférieur sont tous deux emmurés dans la pagode Taungbyone.

Le seigneur grand-père de Mandalay (Mandalay grandpa), fils d’un brahman. Il fut tué par le roi Anawratha. Sa sœur fit la « dame aux jambes arquées ».

Nyaung Gyin, vieil homme auprès du banyan solitaire fut victime de la lèpre.

Min Si Thu 4 ème roi de Roi de Pagan fut étouffé par son fils qui s’empara du trône.

Mort enfant en tombant de sa balançoire, Maung Shin fut le seigneur du rythme et petit-fils de Min Si Thu.

Le courageux seigneur Min Kyaw Zwa, tué par les démons qui avaient été ses victimes.

Le cadet royal et capitaine Aung Zwa Ma Gyi de la grande armée Aung Zwa est exécuté par le roi lui-même pour manque de respect. Shwe Saga, la dame aux paroles d'or est sa mère.

Le seigneur des cinq éléphants.

Le seigneur-roi maître de la justice Min Taya.

Maung Po Tu négociant de thé de Pinya mort des suites d’une morsure de tigre.

La reine du Palais occidental. Le maître des éléphants blancs et seigneur d'Aung Pinle. La dame inclinée.

Le prince doré noyé Shwe Nawratha.

Le vaillant seigneur Min Ye Aung et le jeune seigneur du cheval blanc Maung Min Byu, fils du roi de Inwa mort d’excès d’alcool.

Shin daw jeune seigneur débutant mort d’une morsure de serpent.

Le Roi Tabin Shwe Hti de Tounggoo, alcoolique et assassiné par des courtisans de l’ethnie « Môn » de Pégou.

La dame du Nord et nurse du roi de Tabin Shwe Hti décédée pour maladie au travail.

Le seigneur Minh Gaung de Taungoo mort d’une maladie normale et son secrétaire royal, Than daw gan mort du paludisme.

Le roi de Chang Mai, Bra Than (ou Mai Ku Si) est mort de la diarrhée.

Depuis 1805, les 37 Nat établis par le roi Anawratha au XI ème siècle ne comptent plus que 22 entités.

La fabrication du Nat birman (statue en bois de teck)

Statues de Nat birman en bois

L’adoration des statuaires de Nat birman débute avec la légende du forgeron Seigneur de la Montagne et de sa sœur.

L’artisanat de Birmanie est riche, la sculpture en bois est séculaire. La statuaire de Nat est fabriquée avec du bois de teck, sculpté à la main dans un style propre à chacun des royaumes comme le veut la tradition (Mandalay par exemple). Tout comme la fabrication de masque de Topeng indonésienne, la statuaire de Nat Birman est travaillée au ras du sol, bloquée par les 2 pieds de l’artisan. A l’aide d’un maillet et d’un gond, celui-ci délimite les formes de la statue dans le bois brut. Il en dessine les détails du corps et du visage, mais également les divers accessoires, habits et bijoux. Une fois le travail achevé et pour le préparer au culte des Nat, la Statue en bois de Nat birman est enturbannée. La statuaire nat birmanie est ainsi habitée par l’esprit gardien bénie par le Sayah ou le Bonze (médium). Elle est alors couverte d’offrandes et vénérée.