Artisanat et antiquités d'Asie
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Les tissus Indiens

Depuis des siècles, le continent indien est réputé pour l’immense diversité de la création du monde textile (impression textile). Des laines du Cachemire en passant en revue les indiennes chintz ou les cotonnades de madras, saris de Benarès et pashminas : l’Inde est un pays d’artisans créatifs avec une production prolifique qui va s’étendre en Europe par le commerce maritime en provenance d’Orient (Comptoir des Indes)...

Dans la culture indienne, le tissu occupe une place prépondérante depuis toujours, en ville comme à la campagne. Le tissage et la décoration de toiles sont une tradition vieille de plusieurs millénaires en Inde, les artisans indiens se transmettent cet art de père en fils. Longhi, Sari ou Churidar sont les principaux vêtements portés par les femmes et les hommes en Inde. Les toiles magnifiques conçues à partir de soie et de coton ne sont que quelques-uns des exemples de l’importance du textile indien.

tissu indien

Inde : une tradition séculaire du textile

Pourquoi le textile indien fascine et suscite l’intérêt de milliers de gens dans le Monde ? Le textile en Inde a un rôle social unificateur (au sein des sociétés traditionnelles pour marquer son appartenance à un groupe social; par exemple le style kutch au Gujarat au Nord ouest de l’Inde avec des codes vestimentaires, motifs, couleurs, coutures pour chaque communauté de chasseurs, agriculteurs et laitiers), l’aspect religieux du tissu a cette forme de protection et de mythes (miroirs cousus sur des vêtements pour éloigner les mauvais esprits qui avaient peur de leur propre reflet ). En art, le textile d’Inde représente l’une des formes privilégiées d’expression et de créativité sur fond d’histoires qui se transmettent de génération en génération. Les tissus indiens sont produits en masse, mais chaque produit porte en lui un sens profond où se rencontrent passion, savoir-faire, amour et tradition.

Outre l’unicité des thèmes indiens, l’art du textile a largement été influencé par des techniques et des thèmes venus de l’extérieur :

  • arbre de vie des artisans Perses dans les imprimés
  • motif du lotus bouddhiste
  • les Musulmans et leurs fleurs en arabesque et l’utilisation de formes géométriques.

Les processus de fabrication du textile imprimé indien se transmettent au fil d’une longue généalogie, les générations successives se transmettent les secrets de l’art de la décoration des toiles de coton. C’est un processus complexe qui demande plusieurs heures de travail, avec en premier lieu l’utilisation de mordants et sels métalliques aux propriétés de fixation des colorants de teinture sur la toile. Parmi la palette de couleurs des tissus indiens on retrouve le plus souvent l’indigo, bleu, vert, rouge, jaune, orange, noir, blanc. Le textile indien rapporte ainsi la symbolique des couleurs de ce pays.

Deuxième industrie textile à l’échelle mondiale, le secteur du textile a été toujours important dans l'économie Indienne (des centaines de milliers de personnes sont dans ce secteur d’activité). Chennai, Tamil Nadu, Coimbatore, Pondichéry, Nehru Street : voici autant de destinations pour découvrir l’histoire et le gigantisme du textile indien. Le charme du textile indien traditionnel provient du fait que c’est véritablement un art millénaire qui rapporte des histoires aux sources très anciennes (5 millénaires d’histoires) avec des symboles mystérieux.
Le continent indien est réputé être l’un des berceaux historique de la soie sauvage avec la Chine. Il existe principalement une variété de soie sauvage produite par
(soie naturelle du ver bombyx du mûrier) par 3 vers à soie différents :

  • soie Tussah (ver à soie Tasar plus commun en Inde se nourrissant de feuilles de chêne)
  • soie Eri dans les régions nord et est de l’Inde (dont le ver s’alimente de feuilles de ricin).
  • la soie Muga or en provenance du Nord-est de l’Inde.


tissus indiens


Les tissus et les techniques d’impression du textile en Inde

Étoffe à chaîne de soie et à trame de coton de couleurs vives et imprimés de carreaux, le Madras est formé à partir de fibres naturelles (soie, coton et bananier). C’est un tissu originaire de l’Inde dans la province de Chennai, néanmoins on atteste d’une importante production en Normandie dans la campagne française des alentours de Rouen. Toiles de coton avec seulement le trait imprimé et l’intérieur peint au pinceau, le tissu madras est originaire de la ville du même nom longeant la Côte de Coromandel en Inde : un grand commerce de ces étoffes se faisait dans ce haut lieu des tissus indiens d’où étaient importées les productions de tissus indiens de Masulipatnam, Pondichéry ou Karikal. Né en Inde, le textile madras a été copié et reproduit en Normandie puis en Alsace et devient le textile pour la confection des tenues traditionnelles de femmes aux Antilles et Guyane suite à l'immigration indienne.

Tissu de coton ou moins souvent de laine, le textile Khadi symbolise le progrès de l'économie rurale du XXème siècle porté par Gandhi en Inde pendant et après l'indépendance (mouvement Khadi de promotion des tissus Indiens face aux produits étrangers). 

Le Kantha est un textile du West Bengal réalisé à partir de saris de coton usagés et maintenus entre eux par une broderie au point avant. Toile de coton peinte à la main à l'aide de teinture végétale, le textile KalamKari provient de l’art traditionnel du Sud de l'Inde avec des procédés ancestraux: on commence par immerger la toile dans un mélange de lait de vache et de résine de myrabalam, puis on dessine les contours et les motifs à l'aide d'une pointe de bambou et on applique enfin les teintures végétales. Le tissu KalamKari subit jusqu'à 20 lavages différents après avoir reçu des traitements avec des graines, des plantes et des fleurs écrasées ou de la bouse de vache.
Le Chanderi est un ensemble de tissus délicats et légers finement texturés, ornés de soie et de coton aux motifs complexes, provenant de l'Etat de Madhya Pradesh en Inde (tissu utilisé pour les saris très élégants). 


Parmi les techniques d’impression originaires des Indes, on retrouve :

  • le Dabu du Rajasthan (technique d'impression de motifs avec des blocs de bois sur du tissu)
  • le Batik est une technique de peinture sur textile (impression des étoffes de coton) issue des pays d'Asie et d'Afrique de l'ouest ; ce procédé se prépare en 4 étapes, dessin du motif final sur tissu, protection de certaines zones avec l’application de la cire chaude, application des couleurs par trempage dans des bains de teinture, enfin trempage dans l'eau bouillante pour retirer ou avec un fer
  • Tie and Dye qui est une technique traditionnelle de teintures sur textile du Rajasthan avec un grand choix de combinaisons de couleurs (prédominance de vert, rouge, jaune, orange). Cette technique consiste à tremper le tissu dans un ou plusieurs bains de peinture (en ayant au préalable nouer le tissu à certains endroits pour préserver certaines parties de la couleur). L’intensité des couleurs dépend de la durée du bain de peinture
    procédé de teinture et de tissage, l'ikat est un dessin réalisé d’abord par la teinture du fil de trame de toutes les couleurs, puis par tissage et juxtaposition des fils colorés.

Avant d’être fabriqué industriellement en France (1750), la mousseline est une étoffe de fils de coton (écrus ou blancs) cardé. On raconte que ce textile était déjà connu sous l’Antiquité avec son import par les Grecs du port de Machilipatnam : la mousseline tire vraisemblablement son nom de ce port indien nommé à l’époque Maisolos. Cependant, Marco Polo attribua le nom de mousseline aux marchands Musolini de cette étoffe pour fabriquer des vêtements musulmans au XIIIe siècle dans le royaume de Machilipatnam. En France, Antoine Georges Simonet développe la production de ce tissu indien de Maisolos au XVIIIe siècle qui deviendra jusqu’à nos jours l’apanage des bourgeoises...


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Histoire du coton en Inde et commerce des Indes

Avec 5 000 ans d’histoire, la culture du coton est mentionnée par le philosophe Grec Hérodote dans ses écrits : il observait alors une laine produite par des plantes bien plus douces et belles que celle des moutons… Les Grecs ne trouvèrent jamais une telle découverte dans leur expédition en Asie occidentale ou en Egypte au IIe siècle av. J.-C.
Le commerce d'étoffes indiennes jusque-là limité à l'Asie occidentale gagna la partie occidentale de la Méditerranée dès le premier siècle de l’ère commune, l’Arménie et la Perse de leur côté firent la découverte de la culture et la filature de cette plante de l’Inde. A l’intérieur de l’Inde, la culture du coton s’était fortement développé au Tamil Nadu, dans la province de Gujerat et de Maharashtra. Cependant, plusieurs histoires parlent des indiennes de Machilipatnam qui était déjà un ancien port au IIIe siècle, mais c’est au XVIIe siècle que la ville était assimilé aux tissage des indiennes peintes ou imprimées bien renommées grâce au commerce des Néerlandais, Français et Britanniques.

A cette époque, la communauté arménienne de Marseille des chofelins va importer ces indiennes en Europe et en même temps initier les artisans maîtres cartiers à la peinture de cotonnade sous l’impulsion de Jean-Baptiste Colbert. Des dizaines de vaisseaux chargés de textiles indiens arrivés chaque année à Lorient avec la Compagnie des Indes entre 1664 et 1672. Le 26 octobre 1686 marque l’interdiction totale d’entrée en France des indiennes orientales ainsi que leur fabrication ou reproduction par un édit royal.
Entre 1690 et 1710, les deux réfugiés huguenots protestants Daniel Vasserot et Fazy Antoine venus des Alpes françaises vont créer les 3 premières usines d'indiennes en Suisse (Genève). Les textiles indiennes s’écoulent en contrebande en France et en Angleterre, en Suisse la commercialisation des indiennes rencontre un franc succès avec la création de banques.

Les indiennes ou cotonnades : de Machilipatnam à Marseille

Avec l’arrivée des premières indiennes (toiles imprimées aux couleurs vives) dès le XVIIème siècle à Marseille avec un franc succès particulièrement en Provence. Les édits royaux vont interdire la profusion et le succès de ces toiles indiennes entre la moitié du XVIIème siècle et le XVIIIème pour protéger les manufactures locales spécialisées dans la laine et la soie. Pour une protection des manufactures françaises de soies et de laines, de 1656 à 1759 une interdiction de commerce et de reproduction de ces indiennes a été proclamée. La contrebande des indiennes fait surface d’abord en Aix en Provence, place alors au développement des indiennes de Machilipatnam en France par trois facteurs : un, levée des interdictions des édits royaux, deux la pénurie des cotonnades d'Orient et trois le développement de la technique d'impression par réserve. Le tissu indien de coton est le plus souvent à motifs floraux (semis de fleurs), ces toiles indiennes des tissus de Provence portent aussi des motifs fortement inspirés du motif cachemire de la boteh typiquement associés à l’Inde. La Compagnie anglaise des Indes orientales va contrôler la grande majorité des plaines du Gange au cours du XVIIIe siècle, régions du Bengale, Bihar, et Orissa, l'importation de coton est progressive avec une transformation du coton brut vers les usines d'Angleterre (Cotton Supply Association de 1828). La culture du coton d’Inde se popularise sur tous les continents.

L’Inde est un pays de tradition le tissu indien participe à cette transmission de la tradition, croyances, religions et culture indienne voyagent à travers le temps et l’espace. Le tissu en Inde joue alors plusieurs rôles et s’imprègnent depuis cinq mille ans dans la vie de toutes les communautés en Inde et hors d’Inde.